
N° 07 B – LOU PÉRI DOC, numéro spécial AZ 2018.
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Ma fastidieuse lecture
commence par une carte-lettre du 5
Août 1914 et se termine par une
dernière lettre datée du 18 Février
1919. J’apprends à lire ce paysan qui me
fait plus souvent pleurer que rire. Henri
laisse filtrer parfois un peu d’humour
mais ne cache pas à sa femme son
anxiété, sa colère, sa peur, son cafard. Il
se raccroche au Bon Dieu et prie tous les
jours, demande dans toutes ses lettres à
Maria d’en faire autant, « de faire brûler
un cierge », d’aller à la messe. Dieu le
protégera et leur permettra de « se
retrouver ensemble à Champagnac ».
Henri est à la guerre mais son
inquiétude porte sur la métairie laissée
à Maria, à sa mère et à sa belle-sœur.
Comment vont-elles faire ? L’aide vient
de la famille de Maria, des voisins et des
frères revenus en permission.
Ces années d’écriture
assouplissent le poignet d’Henri,
l’écriture est plus fluide qu’il emploie le
crayon à papier, le crayon mauve, le
porte-plume et même le stylo-plume,
sans pour autant corriger ses fautes !
Jean dit Henri naît le 21 Avril
1883 au village de Fialarge de
Champagnac-de-Belair où ses parents
Pierre et Pétronille LAFAYE sont
métayers chez ESPES-LESCAT. Pierre, bon
métayer, reçoit la Médaille d'Honneur
Agricole en 1901. Henri est le dernier
d’une fratrie de sept garçons.
Pétronille a 17 ans lorsqu’elle
donne le jour à son premier enfant :
Jacques le 27 Janvier 1870 à
Verneuil. Il décède le 16 Mai de
la même année.
Puis naît aussi à Verneuil :
Léonard dit Jacques, le 29 Juillet
1871.
La famille loue la métairie de
Fialarge et naissent dans ce hameau :
Jacques dit Louis, le 22 Octobre
1873. Il décède en 1899.
Jacques dit Bertrand puis
Jacquillou le 22 Octobre 1875
Geoffroy dit François le 3
Novembre 1877.
Pierre dit Emile, le 22 Avril 1881.
Henri, 8 ans en 1891 n’est pas un
élève assidu dans cette nouvelle école
mixte de Champagnac-de-Belair,
inaugurée vers 1890. Pourtant la famille
BERTRAND habite à Saint-Marc, hameau
en haut du bourg, sur la route de Villars.
Il fait comme tous les autres écoliers, fils
de paysans qui restent aider à la ferme.
Ses frères aînés apprennent aussi à
lire et à écrire, pour certains, dans
l’ancienne école de garçons qui abritera
plus tard les locaux de la poste. Ce peu
d’instruction leur permet de
correspondre avec leur famille, leurs
amis et entre eux sur le front. Ce
courrier, ces nouvelles, ce lien familial
entretenu au fil des jours, des années,
les aide à rester « aux tranchées » et à
espérer le retour au pays « en attendant
que cette maudite guerre se termine
pour qu'on se retrouve tous ensemble à
Champagnac, comme on était avant,
qu'on était si heureux ».