EYMET- Est-ce que BARBAROUS y est venu

Eymet est une bastide située dans le Périgord pourpre, à l'extrême sud-sud-ouest du département de la Dordogne Elle se situe à 22 kilomètres au sud-sud-ouest de Bergerac. Elle est limitrophe du département de Lot-et-Garonne. Le Dropt, un affluent de la Garonne la traverse d'est au sud-ouest.

Le Périgord a-t-il été le théâtre d’évènements au moment de la révolution ? Il y quelques temps, j’ai lu cet article concernant ce conventionnel dont nous avions parlé à l’occasion de son arrestation chaotique aux abords de la commune de Castillon la Bataille.

« Au témoignage de la tradition populaire, le conventionnel Barbarous fuyant le sort malheureux de ses amis voués à l'échafaud par le tribunal révolutionnaire, séjourna quelques temps à Eymet, dans une grotte dite de l'Escourrou, aujourd'hui comblée. C'était un souterrain spacieux ou s'était réfugié en 1790 le curé d'Eymet qui fut remplacé par un prêtre constitutionnel, et, en 1792 un des réfractaires à l'appel de conscription de la convention. Par un soir de novembre, pluvieux et sombre, on vit arriver, par le chemin d'Issigeac un homme de taille moyenne et mal vêtu ; sa figure pâle et son regard fiévreux trahissaient ses pensées amères. Il erra longtemps aux alentours de la ville et frappa bien tard chez une pauvre veuve de l'Escourrou qui lui donna l'hospitalité : c'était le girondin Barbarous. La veillée fut longue et la bonne vieille s'aperçut bientôt que cet étranger fuyait une menace. Elle le pressa de questions, l'assura qu'elle serait discrète. Barbarous se fit connaitre et conta le drame qui se déroulait à Paris. "Je fuis, lui dit-il, le couteau de Robespierre, car je ne souhaite mourir que lorsque l'arbre de la liberté aura fleuri sur la tombe de Marat ". La bonne veuve comprit tout et enseigna la grotte de l'Escourrou comme étant un refuge sûr. Elle y emménagea un lit de paille et de hardes et tous les jours, elle approvisionnait l'illustre fugitif. On le voyait quelques fois se promener de longues heures dans une chênaie avoisinante et ce bois sans oiseaux et sans fleurs allait à merveille avec la tristesse de son âme. Cependant, soit qu'il ne se sentit pas suffisamment en sécurité, que le désir de courir avec ses compagnons le rappela vers eux, Barbarous plein de haine contre la montagne triomphante, mais animé d'une noble fierté patriotique, retourna à Paris où il fut guillotiné en 1794 ».


Une erreur dans ce rapport : Barbarous n’a pas été décapité à Paris mais à Bordeaux le 25 juin 1794, place Dauphine à Bordeaux, à la fin de plusieurs mois de fuite qui depuis Paris à Saint-Emilion en passant par la Bretagne avec quelques autres Girondins en fuite. J’ai effectué quelques recherches pour savoir si, en effet Barbarous serait venu se cacher à Eymet. Cet avocat, natif de Marseille, se railla à la Révolution dès 1789, il fut membre de la garde nationale et l’un des fondateurs du club des jacobins de sa ville. Au début de l'année 1792, Barbarous s'installa à Paris où il se lia avec Roland et le cercle de Brissot. Demeurant toutefois un jacobin notoire, partisan de la déchéance du roi, il participa avec les fédérés marseillais dont il arma une partie à ses frais, à la journée du 10 août, se couvrit de gloire à Marseille qui l'élut aussitôt député à la Convention. Il s'opéra ensuite en lui un net revirement à droite. Barbaroux adhéra aux idées des girondins. Il vota la mort du roi, comme la plupart des girondins, mais aussi la mise en accusation de Marat.

Barbarous devint membre du Comité de salut public. Assigné à domicile après la chute de la Gironde, Barbarous fuit la capitale pour se retrouver à Caen. Là, il fut soupçonné d’avoir été un complice de Charlotte Corday. Condamné dès lors à Paris, Barbarous se rendit à Bordeaux en compagnie Guadet, Pétion, Buzot, Valady et Salles ; après un périple en Bretagne, arrivés le 23 septembre 1793, La ville, sous la domination des jacobins, ils préférèrent se réfugier à Saint-Emilion ou ils se cachèrent chez Mme Bouquey, la belle-sœur de Guadet, à partir du 19 octobre. En novembre, celle- ci apprit que son époux qui était fermement opposé à son action, s’apprêtait à dénoncer les fugitifs, elle trouva un refuge pour Barbarous, Buzot et Petiot chez un perruquier de Saint-Emilion ainsi ils restèrent cachés dans les carrières de la ville, notamment dans le puits de la famille Guadet jusqu’au 17 juin 1794, où ils furent arrêtés, Valady préféra partir vers Périgueux ou il fut pris un mois plus tard. Salles et Guadet se réfugièrent chez le père de ce dernier.


C’est là que l’on s’interroge !
Grotte de l’Escourrou avec le lavoir à l’entrée.

Comment et pourquoi Barbarous se serait trouvé à Eymet, à plus de cinquante kilomètres de Saint-Emilion en novembre juste au moment où il a failli être arrêté ? Ou serait-il parti et serait revenu après à Saint-Emilion ? Était-ce vraiment Barbarous ? Ou bien Valady quand il rejoignit Périgueux ? Telles sont mes interrogations. Mais aucune ne me semble véritablement sérieuse : je ne vois pas quelqu’un ne connaissant pas la région partir seul à l’aventure dans un endroit qui ne le mène à nulle part, sur aucun itinéraire logique et surtout revenir à son point de départ s’il voulait réellement s’enfuir ? Cela me semble d’une improvisation totale et complètement à l’opposé de ce qu’était de personnage de Barbarous. Serait-ce Valady ? Peut-être ! Mais celui-ci fut arrêté le 4 décembre 1793 dans la Double du coté de Montpon, ramené et fusillé à Périgueux le jour même. Difficile d’imaginer que cet homme puisse faire ainsi en se cachant à plus de cent kilomètres à pieds en quelques jours, surtout que l’écrit narre qu’il serait resté plusieurs jours à Eymet.. Le mystère reste entier

Par Bernadette FONDRIEST.

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