Abandonné au tour.

Les tours d'hospices, aussi appelés « boîtes à bébés », apparaissent en France vers 1638, et sont légalisés par décret impérial le 19 janvier 1811, date à laquelle ils se développent un peu partout sur le territoire pour atteindre à leur apogée le nombre de 251, et seront abolis en 1904. Ils ont pour but de permettre aux parents ne pouvant garder leur enfant de les confier avec plus de sécurité, car avant cela, ils étaient souvent abandonnés aux abords des églises, et le taux de mortalité par manque de soins, notamment d’hypothermie, était très élevé. La misère de la population, tant économique que sociale, transparaît au travers des chiffres. Ainsi, à Périgueux sur l’année 1840, 588 actes de « naissances » sont enregistrés dont 315 enfants abandonnés au tour de l’hospice ou plutôt dits « trouvés dans la boîte » ! La majorité sont des nouveaux nés, mais on trouve aussi quelques enfants plus âgés pouvant aller jusqu’à 10 ans, 155 garçons et 160 filles pour cette année 1840.

L'hospice leur attribue un numéro, puis une personne dudit hospice les présente à l’officier d’état civil (en 1840 la personne présentant les enfants se nomme Catherine Laborde âgée de 44ans) qui les enregistre sous un prénom et un nom qu’il invente, après avoir inscrit une description précise de la façon dont est vêtu l’enfant et d’éventuelles marques permettant aux parents qui viendraient à le réclamer de pouvoir l’identifier.

Cette année 1840, fut abandonné au tour de l’hospice de Périgueux mon arrière-arrière-arrière-grand-père Joseph Soual. Voici son histoire : Hospice de Périgueux le 26 avril 1840, il est 19 heures quand la cloche retentit, un nouveau-né vient donc d’être déposé dans le tour. Pourquoi ? Qui sont ses parents ? Tant de questions qu’il a dû se poser toute sa vie, et que moi son arrière-arrière-arrière-petite-fille je me pose encore 180 ans plus tard ! Questions auxquelles personne ne peut répondre malheureusement, mais on peut juste émettre des suppositions : parents très pauvres ayant déjà trop de bouches à nourrir, enfant illégitime, ou ruse. En effet à cette époque certaines femmes confiaient leur enfant à l’hospice et venaient ensuite se proposer comme nourrice, ainsi elle élevait leur propre enfant contre un revenu ! Je n’ose imaginer la tristesse et la douleur de cette mère au moment de laisser son enfant pour le plus souvent ne jamais le revoir ! Mais ses parents espéraient sûrement lui offrir une vie meilleure, et si leur situation s’améliorait pouvoir le récupérer. On avait pris soin de vêtir ce petit être « d’une chemise de calicot garnie de tulle, d’un bourassou, d’un serre braco brun, et d’un bonnet garni de tulle, portant un morceau de ruban jaune et un papier ».

L’officier d’état civil après avoir noté tous ces détails dans l’acte numéro 189 de cette année 1840, lui attribua le prénom de Joseph et le nom de Soual. Comment choisit-il ce nom, celui d’un village situé en Occitanie dans le Tarn, se trouvant sur la route du pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle, encore une fois pas de réponse, au moins il eut la bonté de ne pas l'affubler d’un sobriquet ridicule comme c’était parfois le cas. Joseph fut baptisé le lendemain à Périgueux, puis on le confia à une nourrice : Françoise Mazaud 20 ans (qui est aussi la sœur d’une autre de mes ancêtres) et son époux Jean Besson, jeunes mariés dont les noces avaient été célébrées le 29 septembre 1839 à Milhac-d'Auberoche, village situé dans le Périgord noir à 17 kilomètres de Périgueux, où ils vont accueillir le petit Joseph. Resta-t-il chez ce couple toute son enfance ? Encore une fois pas de réponse, mais il resta dans ce village toute sa vie. Il s'y maria le 30 août 1862 avec une fille du pays qui allait devenir mon arrière-arrière-arrière-grand-mère Marguerite Chiorozas. Ils devinrent cultivateurs, et auront 4 enfants : Marguerite, Jeanne, Bertrand et Marguerite.

Cet enfant abandonné au tour de l'hospice de Périgueux, ce 26 avril 1840 est donc le premier d’une longue lignée de Soual, et j’aime à imaginer qu’il eut une vie riche en amour et en joie pour combler ce vide et cette tristesse laissés par l’abandon.

Par Sabrina PLESSIS.

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