R comme ROUGIER Hilaire

1) Naissance.

(Ci-dessus: acte de baptême de Hilaire Rougier extrait des archives de St Michel 5 E 468 1 conservé à Périgueux)

« Ce 17ème Juin 1688 a été baptisé hilaire Rougier fils de pierre Rougier et de magdelene Catinou du présent bourg et esté parrain hilaire Catinou et marraine jeanne Catinou et le dit baptême fait par moy curé en présence des témoins qui n’ont seu signer »

Il s'agit de l'acte de naissance le plus ancien concernant un Rougier dans la paroisse de Saint-Michel. Hilaire semble être le premier de la lignée à voir le jour sur cette paroisse. Fondateur d'une dynastie qui va s'illustrer à Saint-Michel au cours des siècles suivants, ses descendants adopteront son prénom accolé aux leurs en souvenir du lointain aïeul et cette coutume perdurera jusqu'à la fin du XIXe siècle.

Hilaire vit une enfance marquée par les misères de la fin du XVIIe siècle. Alors âgé de 4 ans, le petit garçon doit affronter plusieurs rudes hivers qui privent les populations de nourriture, les paysans amaigris et désespérés se nourrissent de pain de fougère, de glands, de châtaignes, d'herbes bouillies. Grâce au lait nourricier des vaches de son père, l'enfant survit au milieu des visages blafards témoins de la famine. Alors que la plupart des garçonnets ne quittent pas les fermes ou les cours des maisons, Hilaire se montre disposé à apprendre les rudiments de l'instruction. Il est le premier Rougier à savoir lire, écrire, signer son nom. En 1698, les famines sont passées, et une petite sœur naît dans la maison: Jeanne.

2) Une existence brève

L'union avec Anne Mallet

Au mois de Janvier 1708, son père le fait marier avec une fille d'une des plus anciennes familles de la paroisse, Anne Mallet. (Cf. Les Mallet de la Maison - Neuve) Née entre 1685 et 1687 à la « Maisonneuve », son existence n'est attestée que par l'acte de contrôle de son mariage enregistré au bureau de Vergt le 30 Janvier 1708. Elle apporte une dot de 540 livres, une belle somme à cette époque. Très vite, ils ont un enfant, Jean Hilaire, né l'année même de l'union, mais ce sera le seul.




Survient alors le « Grand Hyver » de 1709 dont les Rougier ne semblent pas très affecté : l'auberge est chauffée, bien approvisionnée, les clients, bloqués par le froid polaire qui sévit, restent plusieurs jours et font augmenter les recettes de la maison.




De rares transactions

Du vivant de Pierre, Hilaire ne semble rien entreprendre: il laisse son père gouverner la famille et les affaires, comme le veut la tradition. Au décès de ce dernier, les choses évoluent et il devient le chef de son clan: il doit tenir l'auberge mais aussi assurer l'avenir de sa jeune soeur.

Au début de l'année 1717, il se rend dans la forêt du notaire Jeammes Favareilhes, non loin des Pradignacs. Celui-ci vend une large coupe de chataîgniers et notre ancêtre, qui ne possède pas assez de terres, a besoin de bois pour son auberge : c'est d'ailleurs l'unique fois qu'il est mentionné « hôte du bourg de Saint-Michel ». Hilaire achète donc 24 brasses de bois : il en emporte 4 et laisse le reste sur place jusqu'en Juin 1717.



(Ci-dessus : extrait de la succession de Me Jeammes Favareilhes-Archives de Périgueux série 3 E)

En Janvier 1718 il se rend pour la première fois chez le notaire Lasfaulx : associé avec sa mère, il constitue une dot de 600 livres à Jeanne en vue de son mariage avec un jeune greffier de Beauregard, Jean Chauzenoux. Hilaire avait sûrement vu trop grand: il ne donne à Jeanne qu'une somme de 96 livres le 18 Mai 1721, au grand dam du greffier qui se fâche !!

Cette même année, en Février, il fait un échange de terre avec Arnaud Foucaud, le mois suivant il acquiert un fond de Pierre Ruissègue pour 295 livres. Malheureusement, le seigneur de l'époque, Pierre Chantegreilh, semble vivement intéressé par l'achat de notre aïeul et sur le lot il se permet de retenir à son profit plusieurs fonds, aboutissant au contrat daté du 7 Avril 1718, rédigé par la propre main de Hilaire, mais dont hélas il ne reste aucune trace. Cet obstacle paraît mettre un terme aux achats du jeune Rougier.

Hilaire a fort à faire : tenir l'auberge, travailler ses quelques terres, assurer l'éducation de son fils. Il ne passe aucun contrat de bail à cheptel, comme jadis faisait son père, peut-être est-il assez riche pour posséder son propre bétail, ou au contraire, il n'en a plus et doit piocher à la main quelques arpents pour faire son pain !



(Ci-dessus : extrait d'un acte notarié de 1742 où il est fait mention de la dot constituée par Hilaire)

Les relations sociales de notre ancêtre

Bien que pas très riche, sa position d'aubergiste dans le bourg de Saint-Michel ou résident quelques familles bourgeoises, lui assure de larges relations. Etre en mesure de comprendre la langue française, de la lire et l'écrire dans une région où tous les paysans parlent le patois occitan, conforte son importance. Jeune, on lui fait déjà confiance : le 17 Décembre 1709  il accompagne une demoiselle du bourg, Louise Sicard, au baptême d'un enfant à l'église de Salon. Il rencontre plusieurs notables, dont Pierre Crevet et Antoine Reynaud un procureur d'office.

(Ci-dessus : extrait des registres paroissiaux de Salon. Baptême de Louise Crevet)



détail de la signature de Hilaire Rougier, plus ancienne signature connue!!




À Salon, il manque de peu de rencontrer un autre de nos ancêtres « lettré », Guillaume Ricard, lui aussi venu pour un baptême. Hilaire fait également des affaires avec le notaire du Coustal, le sieur Favareilhes. Comme on peut le constater, notre ancêtre su se créer un réseau de relations utiles qui rendront bien service à ses descendants !

La rencontre avec Marie Boussou

En 1718, Hilaire perd sa femme âgée d'une trentaine d'année .Il est impossible de connaître la cause du décès précoce de Anne, mais à cette époque les maladies ou le manque d'hygiène emportait rapidement les personnes. Cependant l'aubergiste est jeune, il a un fils à élever, et il recherche une nouvelle compagne. Sa condition d'hôte, sa fortune modeste, ne lui permettait pas à priori de trouver une femme d'une famille notable. Pourtant, grâce à ses relations, peut être aidé par son beau-frère le greffier, il se remarie le 4 Février 1719 avec la fille d'un maître chirurgien de Ladouze, Marie Boussou. Chose unique dans l'histoire de la famille, Hilaire donne 200 livres à cette femme qui n'a pas de dot! Il était sûrement très désireux de se remarier et d'assurer une plus nombreuse descendance! L'union est célébrée en présence de nombreux notables et notre ancêtre signe deux fois l'acte en raturant.

Les temps sont à nouveau durs: l'été 1719 est caniculaire, une épidémie de dysenterie traverse le pays et emporte de nombreux nourrissons, l'année suivante la peste resurgit, les villageois tremblent de peur et restent cloîtré pour éviter la contagion, l'auberge est vide, Madeleine meurt, et Marie Boussou ne met aucun enfant au monde!


(Ci-dessus: mariage de Hilaire avec Marie Beaussou. Extrait des registres paroissiaux de Ladouze)

Un décès précoce
Frappé par tous les malheurs de cette époque trouble, Hilaire se meurt, désespéré de ne laisser qu'un fils unique aux mains de sa marâtre! Fâché avec son beau-frère auquel il ne paie plus la dot promise, uni à une femme cupide, freiné dans ses ambitions, à l'été 1722, il achève une brève existence de 34 ans et rejoins ses parents dans le cimetière paroissial.

Quant à sa seconde épouse, elle comprend le bénéfice qu'elle peut tirer de cette disparition: le 6 Septembre 1722, elle obtient 258 livres, puis abandonne Jean Hilaire. Elle retourne dans son village d'origine et épouse le 17 Juin 1727 Sicaire Vigier (née vers 1687-1750, arrière-grand-père d'Anne Bouchard, femme de Jean Hilaire Rougier), un autre de nos ancêtres, alors en pleine progression sociale.

Un seul homme va alors prendre en main notre avenir à ce moment tragique: Jean Mallet dit Rousset.


Par Jérôme ROUGIER.

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