AZ 2020

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lundi 30 novembre 2020

Z l'étranger assassiné

Saint Vincent Jalmoutiers le lundi 2 juillet 1810 10h :

La cloche de l’église Saint Vincent sonna indiquant une urgence. La population de ce petit village de 360 âmes accourut. Un homme essoufflé peinait à s’exprimer : « L’étranger, il est mort… là-bas près du Cros de la Cane, c’est horrible … il a été battu à mort ».

Au nom et prénom, imprononçable que tout le monde préférait appelé "Z".


Les gendarmes de Saint-Aulaye, avertis par un habitant du village venaient d’arriver près du corps de Zinovyi Zlavenstov, constatant effectivement qu’il s’agissait d’un meurtre. Un des gendarmes demanda qui était cet homme. Pierre Boudesac lui répondit que c’était un étranger arrivé avec les troupes napoléoniennes qui vivait depuis dans l'indigence glanant quelques travaux dans les fermes contre gîte et couvert. Pierre ajouta qu’il avait aperçu ce matin aux aurores un homme nommé Jean Faurie sortant du bois avec une hache et une brouette.
L’homme de loi qui menait l’enquête ordonna qu’on lui amène le suspect.

Jean Faurie, qui ignorait la mort de « Z », l’étranger, se demandait pourquoi on était venu le chercher aux champs. Il nia le fait qu’il était dans la forêt ce matin-là, mais refusa d’en dire plus sur l’endroit où il se trouvait cette nuit. Le gendarme le fit emprisonner immédiatement sans plus d’explication. Quelques semaines après, on le fit transporter au tribunal. Le juge allait rendre son verdict : « Accusé levez-vous ! Après les constatations des gendarmes et l’étude des faits, l’accusé Jean Faurie … » Un brouhaha se fit alors entendre dans le fond de la salle. Une matrone tirait une pauvre fille par la manche. « Allez, parle, c’est le moment ! » La fille devint toute rouge. « - Ce n’est pas lui, M. le juge ! ». Une voix s’éleva « Ce n’est pas po po possible ! -Tais-toi le bègue ! » lança la matrone, « allez ma fille continue ! » - « Il était avec moi, M. le juge ! Dans la grange à Marti…toute la nuit ! Ce n’est pas lui j’vous dis ! ». Le juge devint tout blanc. « Séance ajournée ! MM. les gendarmes, libérez l’accusé !

L’enquête était donc au point mort après les révélations de Marie. Son alibi sauvait le présumé coupable. Qui avait donc tué ce pauvre Z, blessé à la jambe durant la dernière guerre de Napoléon conservant une forte claudication. Marie avait-elle dit la vérité ? Avait-elle été payée pour faire cette déclaration fracassante qui innocentait Jean Faurie certes, mais donnait à la jeune fille une réputation qui la suivrait toute sa vie ! Elle fut convoquée à la gendarmerie pour un interrogatoire. « Marie, vous avez déclaré que vous aviez passé la nuit avec le Sieur Faurie, avez-vous dit toute la vérité ? ». La jeune fille regarda ses pieds, triturant nerveusement sa jupe. Elle répondit d’une voix mal assurée « c’est la vérité M. le gendarme ! ». Il la mesura du regard un moment puis « Vous savez que vos déclarations doivent concorder avec ce que nous dira le Sieur Faurie ! Allez, vous pouvez sortir ! ». La jeune fille, les larmes coulant sur ses joues, se dirigea vers la porte. « Qu’on amène le prisonnier ! » clama le gendarme. Le Sieur Faurie apparut dans l’embrasure de la porte ne sachant pas ce qu’il allait advenir de lui, il était terrorisé, affaibli, et tout crasseux de ces semaines passées au cachot. Le gendarme l’interrogea sans ménagement, même si le jeune journalier lui faisait bien de la peine, il n'avait pas le choix, il lui fallait démêler cette histoire au plus vite ! « Alors mon garçon, nous te savons coupable, tu vas nous dire ce que tu faisais cette nuit-là ! Parle ! ». Le jeune homme baissa la tête et balbutia qu’il était allé voir une jeune femme qu’il appréciait et qu’il comptait épouser « Comment s’appelle cette personne ? ». Il répondit timidement, gêné que l’on s’introduise dans son cœur : « Marie Boudesac ». Pendant ce temps, Marie, âgée de 17 ans, songeait à son cher Jean, à leur première rencontre l’an passé quand il était venu aider son père pour la récolte. Elle en était tombée follement amoureuse. Elle suspectait son frère Pierre d’avoir découvert leur relation et de l’avoir dénoncée pour s’en débarrasser. Elle devait le sauver, lui le courageux Jean devenu soutien de famille au décès de son père, si courageux travaillant dans les fermes environnantes pour nourrir sa mère et sa sœur. S’il mourrait qu’adviendrait-il d’elle qui venait de découvrir qu’elle portait leur enfant ! Elle traversa le petit bois qui bordait les terres de ses parents pour aller chercher l’aide de sa cousine Pétronille qui avait épousé un notable du village. Lui, pouvait l’aider. Pétronille répondit qu’elle en parlerait à son époux. Le gendarme menait des recherches sur M. Z. qui avait été tué. Arrivé depuis quelques mois dans la région, personne ne savait d’où il venait, ni qui il était auparavant. Ce qui avait attiré l’attention du gendarme lors de la découverte du corps du malheureux était la rage avec laquelle les coups lui avaient été portés. Son corps était quasiment méconnaissable tant les coups avaient été violents, des hématomes le recouvraient. Il fallait maintenant qu’il interroge tout le village, et il se disait qu’en ce dimanche, il aurait des chances d’apprendre certaines choses à la sortie de la messe. Il se dirigea donc vers la petite église, bien décidé à résoudre cette énigme qui le hantait, car durant ces nombreuses années de carrière, jamais de telle horreur il n’avait vu.


En ce beau dimanche de juillet régnait une chaleur étouffante. A la sortie de l’église, les conversations allaient bon train, mais à la vue du gendarme tous se turent. En effet, ce dernier, qui venait du village voisin n’avait pas les bonnes grâces de ces paysans qui le trouvaient froid, et de plus il avait emprisonné le pauvre Jean Faurie qui était à leurs yeux un garçon très courageux et toujours très gentil. Un homme prit pourtant la parole, le Sieur Sicaire Lantignac, l’époux de la cousine de Marie, dont la femme lui avait demandé d’aider Jean. Il s’avança vers le gendarme : - Bien le bonjour, Monsieur le Brigadier, votre enquête avance-t-elle ? - Bonjour Sieur Lantignac, j’ai un suspect sous les verrous. Il se doutait bien que la population voulait défendre le Sieur Faurie, et qu’en laissant croire qu’il le croyait coupable, il obtiendrait des révélations.

« Oh, oui, nous savons que vous considérez le jeune Jean comme coupable, mais sachez, cher Monsieur, que vous commettez une grave erreur, il est innocent ! C’est un jeune garçon très honnête, contrairement à cet étranger, qui lui était un homme peu recommandable, certes ancien soldat, blessé de guerre, mais aussi un ivrogne, qui n’avait pas bonne réputation ici ! ».

Le gendarme scruta la foule qui s’agitait. Il remarqua une très jeune fille cachée derrière son frère et ses parents. Elle peinait à cacher des ecchymoses au visage. Le gendarme se demanda la raison de ces marques de violence. Ses parents, des fermiers du coin qui avaient cinq enfants paraissaient de bonnes gens. Le frère aîné de la jeune fille, baissant la tête, demanda : - Qu'arrivera-t-il à Jean ? - Il risque la peine de mort ! - Non, s’écria le jeune homme rouge et en sueurs, ce Z. était un porc ! - Vous avez l’air de bien connaitre cet homme, passez à la gendarmerie dès demain. Le jeune homme regretta tout à coup d’avoir parlé, il avait peur, mais il ne voulait pas qu’un innocent soit tué, il répondit à l’ordre du Brigadier. Dans le bureau, l’interrogatoire commença : « -Mon garçon, quel est votre nom, âge et profession. - Jacques Despoujol, répondit-il, j’ai environ 25 ans. Je travaille sur la ferme de mes parents. - Que savez-vous de cette histoire, Despoujol ? » Le jeune homme baissa la tête, perdu dans ses pensées puis se mit à pleurer. « - Je sais que Jean est innocent, je le sais car c’est moi qui ai tué cet homme, que dieu me pardonne ! Oh seigneur, je n’avais pas le choix. » Pleura-t-il. Jacques donna les détails de cette sordide affaire, la vue de cet infirme ivre essayant d’abuser de sa jeune sœur, les cris de celle-ci…On libéra Jean, à présent innocenté…

Quelques mois plus tard, se tint le procès au tribunal de Bergerac, où tous les habitants étaient venus soutenir le garçon de leur village ! Dans la salle, pas un bruit, pas un souffle ! On fit venir à la barre l’accusé tremblant de peur, blême, il expliqua son geste, il dit qu’il ne pouvait faire autrement, la vie de sa sœur, une enfant, en dépendait. Le gendarme fut aussi interrogé, et il demanda que le jeune homme soit relâché expliquant qu’il avait agi pour éviter un crime. D’autres habitants du village furent interrogés sur les deux hommes, et chacun d’entre eux ne dirent que du bien sur Jacques : un gars courageux, gentil, contrairement à l’étranger un ivrogne, violent, qui n’était pas bien hardi au travail de la terre. Après les délibérations, le verdict allait être rendu ; l’assistance retint son souffle, les femmes priaient en silence. Soudain la voix du président de la cour retentit : « Accusé Jacques. Despoujol, compte tenu des éléments du dossier et les témoignages, il apparaît que vous avez agi pour sauver une victime d’agression. Ce sont des circonstances atténuantes, ce pourquoi vous êtes acquitté. Qu’on libère le citoyen Jacques Despoujol ! » Des cris de joie retentirent dans la salle, la mère de Jacques le prit dans ses bras, heureuse de ramener son fils à la maison. Jean et Marie se marièrent et eurent un petit garçon ! Quant au dénommé « Z ». Il fut vite oublié au fond du coin des indigents du petit cimetière de Saint Vincent.


Par Sabrina PLESSIS.

samedi 28 novembre 2020

Yves GUENA et la Dordogne


Sa vie Yves René Henri voit le jour à Brest le 6 juillet 1922 dans une famille modeste, fils d'Yves Guéna et d'Eugénie Kernaléguen. Il fait sa scolarité à Brest puis à Rennes. A 19 ans, il entre dans la résistance et rejoint le Général de Gaulle. A la fin de la guerre, alors qu’il est en convalescence à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce, il rencontre Oriane de La Bourdonnaye-Blossac, la fille du comte Alphonse de La Bourdonnaye-Blossac et d'Élisabeth de La Panouse. Il l’épouse, le 23 juillet 1945. Ils ont sept enfants : cinq fils et deux filles, et la famille s'installe au château de Chantérac en Dordogne d'où est originaire Oriane de La Bourdonnaye.




Il sera successivement, haut fonctionnaire, homme politique, écrivain et résistant français. Il est commandeur de la légion d’honneur, croix de guerre 1939-1945 et médaillé de la résistance.

Elu député de la Dordogne, il devient ministre des PTT dans le gouvernement Pompidou dès 1967 et ne devait cesser de mener ces deux parcours parallèles, selon sa formule, "la tête à Paris, les pieds en Dordogne". Entre 1962 et 1981, Yves Guéna est député de la circonscription de Périgueux. De 1967 à 1969, il est ministre des postes et télécommunications sous la présidence du Général de Gaulle.



Le 15 juin 1970, alors qu’il est conseiller général de la Dordogne, il inaugure l'imprimerie des timbres-poste et des valeurs fiduciaires à Boulazac, dans une zone industrielle proche de Périgueux. Le premier timbre imprimé sur ce site est la Marianne de Cheffer. En mars 1971, il est candidat pour la seconde fois aux élections municipales à Périgueux face à deux listes de gauche. Sa liste arrive en tête au premier tour, obtenant 75 suffrages de plus que la liste de la gauche non communiste arrivée en deuxième position. Le 21 mars 1971, il est élu maire de Périgueux. Il sera réélu quatre fois, en 1977, 1983, 1989, 1995… (obtenant souvent près de 60% des voix). Lors de sa mandature, il procède à la rénovation de la ville (réaménagements de quartiers, pavage de rues, etc.). Il crée le Festival international du mime Mimos en 1983, le salon international du livre gourmand avec l'aide de son adjoint à la culture Xavier Darcos. En janvier 1997, il quitte ses fonctions de maire à la suite de sa nomination au Conseil constitutionnel par le président du Sénat René Monory.

Xavier Darcos est élu maire à la suite du vote du conseil municipal.

Il décède le 3 mars 2016 à Paris et repose avec son épouse dans le cimetière de Chantérac en Dordogne.

Par __Geneviève COULAUD. __

vendredi 27 novembre 2020

X la croix hosannière

Aujourd’hui, je vais vous parler de la croix hosannière de Sergeac, ce petit village du Périgord noir, ou j’ai une grande partie de mes racines familiales … A Sergeac, pour bien de personnes c’est un des monuments totem du village, celui que l’on voit dès que l’on est en vue du bourg, que l’on arrive par la route des Eyzies en dévalant la côte ou de Thonac par le pont dans la vallée, elle trône fièrement au carrefour du chemin qui va au village, telle une sentinelle, comme si elle protégeait les sergeacois et accueillait l’arrivant ! Elle est la fierté des habitants de ce village et lorsque on est amené, un jour de le quitter. Cette croix reste dans le cœur de celui qui n’a plus le bonheur de la saluer chaque jour. Tout d’abord, pourquoi hosannière me direz-vous ? Qu’est-ce une croix hosannière ?

Une croix hosannière est une croix où l’on célébrait une partie des cérémonies des Rameaux, ou l’on chantait le chant de l’Hosanna, cette exclamation venant de l’Hébreu « de grâce, sauve » qui est aussi une acclamation de bienvenue, ce qui veut bien dire que cette croix est bien placée. Mais c’est aussi une croix funéraire et à Sergeac, village templier, on associe souvent cette croix aux chevaliers de l’ordre du Temple, elle se trouve à proximité de sarcophages qui eux aussi on les lie aux moines-soldats … mais ce n’est absolument pas le cas puisque elle est datée du XVIe siècle, quasiment deux siècles après la chute de l’ordre. Mais comment se présente t’elle cette croix, pour susciter ainsi autant d’intérêt ?

Elle est magnifique ! Et elle pourrait par sa beauté, rivaliser avec des calvaires bretons.

En forme de cadre, le Christ en croix est situé entre la Vierge et Saint-Jean sous un dais. La Vierge porte l'Enfant Jésus, entre deux personnages debout sous un dais. Dans l'accolade, un ange drapé. Sous la croix et la Vierge, se trouvent Adam et un ange drapé. Elle surmonte une colonne carrée et un socle en pierres de taille.

Ainsi la croix de Sergeac embellit par sa présence ce village recueilli au fond de la vallée tapi au bord de la Vézère et ou un autre site veille sur lui et ses habitants, du haut de sa colline depuis le fond des âges, le site de Castel-Merle !



Par Bernadette FONDRIEST.

jeudi 26 novembre 2020

Wlgrin

Wlgrin de Taillefer Henri-François-Athanase. Militaire – Homme de lettres- Historien - Archéologue.



« Au château de Barière, le vint trois avril mil sept cent soixante un est né messire Henri-François-Athanase de Taillefer fils naturel et légitime de haut et puissant seigneur messire Jaque de Taillefer, marquis de Taillefer et de dame Suzanne Thérèse d’Arlot, marquise de Taillefer et a été baptisé le même jour. Ont été parrains messire Henri-François-Athanase de Taillefer, prieur de Nervis et chanoine de la chatédrale de St Front et a tenu a sa place messire Louis-Martin de Salignac, maraine Marie-Thérèse Daufort dame contesse d’Arlot de la Roque Frugie, ont été présents les sous signés. »

Source : A.D. de Dordogne – Collection communale – Page 121

Étymologie. Selon la légende, lors d’un combat Guillaume 1er, petit-fils de Vulgrin 1er, fut surnommé Taillefer après avoir pourfendu un chef normand « corps et cuirasse ». Ce surnom deviendra un nom héréditaire. Il fera rajouter à son nom Wlgrin, en hommage à son ancêtre Wlgrin, Vulgrin 1er, qui est placé en 866 à la tête des comtés d'Angoumois, de Périgord et de la Marche par Charles le Chauve.

Au cours de ses études à Périgueux, il se passionne pour l’architecture et l’archéologie. Il commence à collectionner des médailles, bronzes gaulois, pierres sculptées gallo-romaines… Il les entrepose au château de Barrière à Villamblard, dans son cabinet de curiosités. Il débute ensuite la rédaction d’un catalogue de ses acquisitions numismatiques et archéologiques. Le château Barrière, aujourd'hui.

Cependant son père lui rappelle la tradition familiale et il part accomplir son devoir de chevalier. En 1790, il fuit en Allemagne. Il est considéré comme émigré, ses biens sont confisqués et vendus au profit de la nation. A l’avènement de Napoléon, il revient en France et loue avec sa femme une maison à Périgueux. En 1801, il est rayé de la liste des émigrés et rentre en possession de ses biens non aliénés. Il retourne sur les lieux qu’il avait parcourus pour ces recherches et ne peut que constater que certains édifices ont été détruits, des antiquités volées. Dès lors, il conçoit le projet d’un manuscrit dans lequel il décrit et énumère les antiquités, les monuments gaulois puis romains et ceux du moyen-âge et du christianisme avec une très grande précision. Au décès de son père en 1805, il se résout à vendre le château de Barrière. Il poursuit avec zèle son engagement pour la sauvegarde des vestiges gallo-romains de Périgueux et achète les terrains adjacents à la tour de Vésone, à la fois pour en protéger l’environnement mais aussi dans l’espoir de pouvoir y faire construire un musée. Toute sa vie, il ne cesse d’acquérir, de rechercher des débris d’inscriptions, instruments gaulois, cippes, armes, vases, statues, monnaies… Le 9 juin 1804 est publié « Architecture soumise au principe de la nature et des arts ou essai sur les moyens qui peuvent rapprocher les trois architectures d’une unité théorique et pratique » accompagné de 6 planches gravées au prix de 10 francs et 15 francs sur papier vélin.

En 1821 parait « Antiquités de Vésone, cité gauloise remplacée par la ville actuelle de Périgueux, ou description des monuments religieux, civils et militaires de cette antique citée et de son territoire, précédée d’un essai sur les gaulois ».

Avec son ami Joseph de Mourcin (helléniste et archéologue), ils envisagent les fondements du futur musée d’antiquité qui ne verra le jour qu’en 1835.

« Du trois février mil huit cent trente trois à midi. Acte de décès de M Henri-François-Athanase Comte Wlgrin de Taillefer, âgé de soixante onze ans demeurant à Périgueux, maréchal de camp et armée du roi, chevalier de St Louis, époux en troisièmes noces de dame Elisabeth Geneviève Brétel. Fils du défunt messire Henri Jacques marquis de Taillefer et de dame Suzanne Thérèse d’Arlot de la Roque de Frugi. Né à Villamblard (Dordogne) ledit messire comte Wlgrin de Taillefer, décédé rue de la nation, hier à quatre heure trois quarts du soir. Sur la déclaration faite par Joseph de Mourcin, âgé de quarante huit ans, conseiller de préfecture, membre de plusieurs sociétés savantes françaises et étrangères et »
Source : A.D.de Dordogne – 5 E 317/8 n°23 page 11

Faits militaires :

Le 10 août 1777, il entre comme sous-lieutenant dans le régiment de Royal-Pologne. Le 12 juillet 1781, il est nommé capitaine du régiment de Royal-Cravates Cavalerie. En 1791, le prince de Condé en fait son aide de camp à Worms. Chevalier des ordres du roi, la Révolution le force à s’exiler : il part se réfugier en Allemagne, où il effectue toutes les campagnes de l’émigration. En 1795, il commande une campagne du corps de cavalier de la couronne et est promu au grade de colonel de cavalerie le 6 janvier 1798. Le 2 janvier 1817, il est nommé maréchal de camp.

Unions :

Le 31 décembre 1800 avec Marie-Hyppolite BULTE  le 20 mars 1812 à Périgueux Le 21 février 1814 avec Charlotte Pauline Henriette de LOSTANGES  le 16 février 1815 à Périgueux en mettant au monde leur fille Le 18 janvier 1822 avec Julie Elisabeth Geneviève BRÉTEL

''Sources : Nobiliaire universel de France, ou Recueil général des généalogies historiques des maisons nobles de ce royaume T14 Journal des débats politiques et littéraires du 28 juin 1827 Bulletin de la société royale d’agriculture, des sciences et des arts de Limoges de 1828 Journal des Arts, des sciences et de la Littérature n° 522''

Par Katy DELARUE FRUCHOU.

mercredi 25 novembre 2020

Vendanges mortelles

Unis pour la vie.

Le 16 octobre 1882 à Bergerac, Jean Vergnon, natif de la ville, âgé de 23 ans, fils Jean, maitre boulanger et de Françoise Lespinasse épouse Marie « Vélia » Véry aussi native de Bergerac âgée de 17 ans, fille de Jean, tonnelier et de Marie Lavergne.



Fils de boulanger, Jean est maçon. Marie sera toujours appelée Vélia. Ils sont tous les deux natifs de la ville de Bergerac, là où naitront leurs dix enfants. Deux filles et huit garçons dont trois auront une vie très courte. Eugénie née en 1884, décédée en 1948, un enfant né sans vie en 1886, Alexandre 1887-1917, Roger 1889-1945, Henri 1892-1962, Paul-Joseph 1893-1935, Alfred 1895-1967, Gabrielle "Nini" 1896-1969, Jean Christian Emmanuel 1901-1916 et Gabriel René Marcel 1902-1907.



1 - Marie « Vélia » Véry (1865-1929), assise en train de peler une pomme de terre. C’était une maitresse femme qui avait la réputation d’être dure.

2 - Jean Vergnon (1859-1929), debout, tient un râteau.


Unis dans la mort.

Après de longues années comme maçon, les voilà propriétaires à Rosette, dans le nord bergeracois.


Début septembre de l’année 1929, les vendanges viennent de se terminer.
Jean, alors âgé de 70 ans pénétra dans la cuve pour égaliser la vendange, au mépris du danger. La fermentation du raisin, par l’action des levures, émettant un fort gaz carbonique.

Asphyxié, Jean s’écroula. Sans hésitation, Velia, son épouse, voulut lui porter secours et le sortir de la cuve. La pauvre femme subit alors le même sort. Lorsque l’on put retirer les deux corps, c’était trop tard.

Par Marie BELEYME et Jean-Louis FILET.

mardi 24 novembre 2020

Ustensiles du temps jadis

Notre amicale, à l’issue de son repas annuel, a été visité le château de Fratteau. Une agréable visite en compagnie de la propriétaire qui nous a présenté les lieux.
Chaque pièce étant amplement meublée de différents meubles et objet d’époque. En photo, voici une des pièces, racontée. On pénètre dans la cuisine :




















À côté de la cheminée, la table et ses deux bancs. Aux alentours de la cheminée.








dans son récipient : une couade. Une casotte en vieux charentais. La COUADE est une sorte de louche, dotée d’un long manche tubulaire, creux et percé sur toute sa longueur, du louchon à la pointe du manche.







Un RECHAUFFOIR. Réchaud de table en terre blanche à glaçure verte et jaune. Il est composé d’une base tronconique ajourée, surmontée d’une coupe au rebord mouluré pourvu d’ergots ponctués de visages humains en pastillage. Les trois anses plates reliant la coupe à la base sont ornées d’un écu aux armes de France en léger relief. Période supposée 1480 à 1520. Provient du château de Fratteau où il est conservé.


Un CAPUCIN est un ustensile en fer de rôtisserie ayant la forme d’une petite capuche trouée et fixée au bout d’un long manche. Le rôtisseur se sert du capucin pour arroser de gras, de graisse ou de jus les viandes ou les volailles en cours de cuisson


Le CHAUFFE-BAIN est un grand contenant ou récipient en cuivre rouge ou en fer étamé, parfois lesté, haut, cylindrique, juché sur un pied évasé, avec un corps pansu surmontant ce pied. Le corps du chauffe-bain est fermé hermétiquement par un couvercle emboitant. Il possède deux cheminées latérales coudées qui partent du bas du corps et sont également fermées par un couvercle. Les cheminées latérales servent à diffuser la chaleur et ont aussi vocation à amener de l’air frais à la base du brasier, favorisaient la combustion des braises. Ceci implique que durant son utilisation, tous les couvercles étaient retirés. Repositionner les couvercles se résumait à éteindre le foyer. Deux tiges horizontales qui partent des cheminées les relient au corps central et servent d’éléments de prise.




HERISSON à bouteilles (vides).







Un BOUERADOUR. Cet ustensile est en fait formé de deux tiges en bois, assemblées en leur centre et crantées dans leurs bouts. En tournant vigoureusement cet instrument, baguettes écartées, dans le ruffadou ou l’oule où se trouvent les châtaignes ébouillantées et dégagées de leur première écorce que la seconde peau se détachait facilement.






On aurait pu aussi voir :


Le CANTOU est une cheminée plus ou moins monumentale utilisée dans le sud-ouest de la France. Du Moyen Âge au XXe siècle, cette cheminée constitue l’élément central de la maison paysanne et le centre de la vie de la famille.

En occitan les termes cantóu ou contóu désignent un coin et par extension, « le coin du feu » (contóu del fioc)


Le BOUFFADOU (bofador en occitan) est un instrument traditionnel pour attiser le feu. C'est un soufflet à bouche, long tube de bois dans lequel on souffle et qui permet de diriger l'air sur un point précis du foyer.

Photos Hélène Sénillon, JLF.

Par Jean-Louis FILET.

lundi 23 novembre 2020

Tramail

Il s’agit d’un dispositif très solide, en bois charpenté, servant à immobiliser les bœufs afin de les ferrer. Il est associé au métier de maréchal ferrant. Ce « meuble » trônait autrefois près de l’atelier de l’artisan. Aujourd’hui, il sert de décoration dans quelques villages, ultime hommage à ce métier disparu de nos campagnes.

Si les chevaux doivent également être ferrés, les maréchaux ferrants se déplacent et possèdent le matériel amovible pour cette opération.
Ces animaux en effet peuvent être ferrés sans tramail.



Le métier de maréchal, mon papa René Lasserre l’a exercé jusqu’à la dernière bête à ferrer sur la commune de Cendrieux. Le tramail était installé dans la cour, entre notre maison et la forge. Mon enfance a été ainsi bercée par les séances de ferrage, de moins en moins fréquentes au fur et à mesure que les bêtes de trait disparaissaient. Dès le lever du jour, j’entendais de loin le choc des sabots du bœuf sur la chaussée et les encouragements du propriétaire. Parfois, il venait de 4 à 5 kilomètres et même de la commune voisine. C’était toujours le même rituel : la voix du fermier qui aidait la bête à se positionner dans le tramail en la faisant reculer entre les quatre solides piliers de bois. De larges lanières de cuir pendaient de chaque côté. Passées sous le ventre de l’animal elles permettaient de le soulever légèrement pour le maintenir grâce à une poulie. Les bœufs ne peuvent pas tenir sur trois pattes, c’est la raison de cette posture. « Allez ! Calme » Le propriétaire élevait une voix monotone afin d’apaiser l’animal. Pendant ce temps mon papa préparait les fers qu’il faisait rougir dans le foyer de la forge. Le soufflet dont il actionnait la chaîne, faisait gronder les flammes. De temps en temps il retournait les braises avec de grandes pinces. Son ouvrier préparait les sabots du bœuf : après avoir enlevé le vieux fer en soulevant les clous usagés avec le revers d’un petit marteau pourvu d’une encoche, il égalisait la surface de la corne avec un grattoir. Il utilisait toute sa force, la patte de l’animal coincée entre ses jambes. Le travail était dur. Le fer du bœuf consistait en une plaque de métal ayant la forme de l’onglon, recourbée en la partie antérieure en une languette. Le fermier encourageait alors son patient : « Allez ! Calme ! ». Parfois, le bœuf laissait échapper un grand jet d’urine qui s’abattait sur le sol poussiéreux, ou bien, c’était une bouse qui tapissait violemment la paille posée en litière. Ce spectacle m’avait toujours émerveillée !

Le maréchal tenant le fer rougi avec sa grande pince, le posait encore fumant sur le sabot de l’animal. Là, une odeur de corne brûlée envahissait la maison. Odeur qu’il me semble encore respirer, âcre, mais qui fleurait bon. A coups de marteau, le maréchal enfonçait les clous à tête carrée dans la corne à travers les trous du fer. L’opération était ponctuée des cris du fermier, du hennissement du cheval ou du meuglement du bœuf impatient.


Par Mireille BERGER.

samedi 21 novembre 2020

Suppert Delbru

Après le décès de son épouse Renée DELBRU, Claude MARY découvre, au hasard de tris de dossiers administratifs, qu’un membre de la famille, cité dans un acte de succession, se prénommait Suppert ! Etonnement, amusement, curiosité s’emparent alors des membres de la famille ! Le prénom aurait-il été mal orthographié ? Fut-ce un pseudonyme ? Suppert ou Super ? Nul ne peut s’empêcher d’attribuer un sens moderne à ce prénom et de penser que ce devait être quelqu’un de formidable ! Aurait-il été un ascendant de Superman ? Ce qui est certain, c’est sa position familiale : c’était un cousin germain du père de Renée DELBRU. Les recherches s’organisent et l’on constate que l’orthographe ne varie pas… Toutefois, surprise pour notre héros à sa mort…



Suppert Delbru est né le mardi 17 mars 1896 à Ferrière, dans le département de la Corrèze, fils de Firmin Justin DELBRU, né à Nadaillac et dont les ascendants étaient nadaillacois depuis au moins 1690 et de Marie Rosalie VERGNE, originaire de Chartrier-Ferrière, village jouxtant Nadaillac.

Jusqu’en avril 1915, Suppert habite à Chartrier-Ferrière, au hameau de Ferrière. Les recensements de population de 1906 et de 1911 mentionnent sa présence, Suppert DELBRU en 1906, mais Antoine DELBRU en 1911. Il y exerce le métier de cultivateur.


Selon la décision du Conseil de révision, Suppert est inscrit sous le numéro 21 de la liste du canton de Larche et est classé dans la première partie de la liste en 1915. Il n’a pas encore 20 ans mais, en ce temps de guerre, la date d’incorporation est anticipée pour remédier au manque en nombre et à la formation des contingents. Il fait partie de la classe 1916 de mobilisation, sous le numéro matricule 350. Son prénom est toujours orthographié comme à sa naissance.


Cette fiche matricule nous apporte quelques renseignements supplémentaires : cheveux bruns et yeux marrons, front et nez ordinaires, visage plein, il mesure alors 1 mètre 56. Le chiffre 3 précise son degré d’instruction : il sait lire et écrire, il a reçu une instruction primaire.

Suppert est incorporé le 10 avril 1915, au 100ème Régiment d’Infanterie (régiment de l’armée de terre française, créé à partir d’un régiment suisse au service de la France, basé à Tulle). Il part sur le front au début du mois de novembre 1915. Suppert prendra alors part à la bataille de Verdun, jusqu’à la fin du mois de juin 1916, puis de juillet à septembre, il prendra part à celle de l’Aisne et fin 1916, à celle de la Somme. A la fin du mois de février 1917, le régiment rejoint ensuite la Champagne, pour une opération sur Maison de Champagne. C’est au cours de la journée du 8 mars 1917 que Suppert Delbru trouvera la mort, à quelques jours de ses 20 ans. Son prénom garde la même orthographe, tant sur le Journal de Marche du 50ème Régiment d’Infanterie que sur la fiche militaire de décès.


Suppert Delbru sera inscrit au tableau spécial de la médaille militaire à titre posthume. Le journal officiel du 30 juin 1919 précise : « soldat d’une superbe attitude au feu, mortellement blessé le 8 mars 1917 au cours d’un violent assaut à maisons de Champagne. » toujours avec la même orthographe !

Son décès sera constaté le 5 avril 1917 sur le champ de bataille de la 4e armée à Valmy (PC 3187). Le jugement sera transcrit sur les registres de Ferrières le 27 juillet 1919… Pas de changement quant au prénom !



Après de tels événements, ce cousin ne méritait-il pas cette inscription sur le monument aux morts, ainsi orthographiée ? Et une biographie ?

J’ai fait des recherches sur ce prénom… je n’ai malheureusement rien trouvé ! Généanet précise que le patronyme, SUPPERT, est présent 343 fois sur le site ; celui de SUPPER, 13273 fois ! « Supper » désignant en allemand celui qui habite un lieu-dit Supp (= marais, marécage). Jamais rencontré ce mot en langue allemande et vérifié dans le dictionnaire, pas de trace ! Et, de toute façon, dans notre cas, il s’agit d’un prénom et non d’un patronyme. Je me suis ensuite tourné vers SUPER. Selon Wikipédia, « Super- avait aussi, en latin, une valeur intensive, c’est cette valeur de renforcement qui s’est développé en français par rapport au sens de sur-. La vitalité du préfixe est devenue très forte sous l’influence de l’anglais super- » Mais ce n’est que l’inscription sur le monument qui lui attribuerait cette nuance… Autre éventualité : le prénom RUPERT, mal orthographié sur les registres d’état civil ? Ou peut-être, finalement, une fantaisie de parents donnant à leur enfant un prénom personnalisé et novateur ? Signe de parents avant-gardistes ? Il ne fait pas toutefois pas partie de la liste des prénoms héroïques proposée par “Magicmaman” !

Et pas même une photo de lui !


Par Michèle POINTEAU-MARY.

vendredi 20 novembre 2020

Reignac la maison forte a Tursac

A Tursac, il est un château emmuré dans la roche calcaire creusée par la rivière et façonnée par les hommes au fil du temps. Ce lieu est l’hôte de nos ancêtres depuis plus de 20 000 ans… Ce château, insolite et mystérieux, visible depuis la route départementale, est situé sur la rive gauche de la Vézère, dans le Périgord noir. Il est le dernier château-falaise intact en France. Il a été inscrit aux Monuments Historiques le 16 octobre 1964.

Il est implanté à flanc de falaise depuis plus de 700 ans et date du 14ème siècle, plus précisément sa façade. L’ouverture des fenêtres remonte à 1508. Habitée jusqu’au milieu du 19ème siècle, cette maison a été par la suite laissée à l’abandon, puis gardée pendant 50 ans et enfin reprise, rénovée et ouverte au public en 2006.

Beaucoup plus grande à l’intérieur que l’on pourrait le croire, elle réserve des surprises : depuis ses pièces meublées d’époque jusqu’à l’angoissant musée de la torture, interdit aux mineurs, ainsi qu’ un musée se rapportant à la préhistoire, installé dans une salle troglodytique.



Cette maison cache un vaste dédale de pièces, bien organisées : Grande Salle d’Honneur, la Chambre des Grands Hommes, la Chambre de la Comtesse, la terrasse avec des abri-sous-roche, le cachot... Elle contient aussi beaucoup d’animaux empaillés, taxidermie effrayante, qui sont certainement des souvenirs de chasse et un placard-fort où bien des secrets ont dû être dissimulés…

Sur le site, on peut lire : « La Maison Forte de Reignac n’est pas seulement un puissant repaire accroché à flanc de falaise, mais le centre d’un domaine où le Seigneur des lieux vit entouré de sa famille et de ses gens de maison. Il exerce son pouvoir et juge sur ses terres, les délits mineurs. Le droit de haute et basse justice était exercé par le Seigneur de la cité troglodytique de La Roque Saint-Christophe. Jaquemet de Reignac en sera le Seigneur le plus cruel : homme déviant, assoiffé de sang, de sexe, abusait de son pouvoir sur tous … c’était un monstre … Les fortifications sont suffisantes pour résister aux bandes de brigands, pillards, preneurs d’otages, écorcheurs, mais ne saurait tenir tête longtemps à une véritable armée, bien que l’attaque ne puisse être frontale. De plus, sa situation si particulière en hauteur et abritée sous falaise, lui assure avec ses douze bouches à feu, sa bretèche et ses assommoirs, une puissance de tir redoutable. Les grottes supérieures à 40 mètres de haut, constituaient un refuge jamais attaqué … Au début du 16ème siècle, les premières armes à feu ont fait leur apparition, sans toutefois remplacer l’arc, l’arbalète et les pierres de jet qui sont toujours très utilisés. L’arquebuse, le mousquet et l’escopette ont fait progressivement leur apparition. En cas d’attaque, chaque homme, femme et enfant connaît le poste qui lui est attribué et muni de son arme, il défend sa position. Des centaines de siècles auparavant, des hommes appelés « Cro-Magnons », s’étaient établis sous ces abris en y laissant de nombreuses traces. »

Reignac en l'an 1000


Reignac a acquis la réputation d’un lieu hanté … et que l’on y croit ou non, ce château surprend, attire et interpelle : c’est sûr, cette demeure a une âme et ne laisse personne indifférent !

Reignac aujourd'hui.



Par Maryse GRENIER. photos de Sébastien Chaminade

jeudi 19 novembre 2020

Quoi Qui



Dans le département de la Dordogne, il y a Lamothe Montravel. Dans Lamothe Montravel, il y a une salle des fêtes. Dans cette salle des fêtes, il y a un étage. Dans cet étage il y a des salles. Et dans ces salles il y a … quoi ?




Quoi ?

On peut dire que ce sont des peintures appliquées directement sur les murs. Dans la première salle, elles représentent des scènes liées à l’agriculture au cours des différentes périodes de l’histoire.


Curieux tout de même, juste un petit texte de présentation :

« Sous le sceau du progrès éternel, au rythme des floraisons que guident le travail de l’homme s’édifient les années puis les siècles… »

Dans cette salle nous suivons l’évolution de l’outillage, de l’agriculture, au cours des différentes périodes. Agriculture qui dompte la nature et améliore son rapport avec elle et la vie des paysans malgré un travail harassant. Au regard de ces peintures, on ne peut pas ne pas évoquer « les très riches heures du Duc de Berry », ce livre d’heures dont le but est d’indiquer les prières à réciter suivant les heures de la journée et commence toujours par un calendrier. Continuons notre visite. La deuxième salle est beaucoup moins bucolique. Elle exprime une certaine force, une certaine puissance. Et là aussi, seules, quelques notes peuvent nous éclairer :

''__Les humains conjuguent dans leurs efforts la force avec l’intelligence La vie rejette ceux qui abandonnent l’une ou l’autre.__ ''

Que penser alors ?

Le discobole n’est pas là pour nous faire apprécier uniquement sa musculature parfaite, son corps exemplaire mais pour nous montrer également le mouvement de l’athlète ployé, instable, qui va trouver un appui avec ses pieds, son bras qu’il va balancer en tournant son corps pour faire contrepoids, afin de ne pas perdre l’équilibre et tomber.

Nombreux sont les mythes où l’homme se mesure avec des forces inimaginables. La force et le courage seuls ne sont pas suffisants pour venir à bout de certains obstacles. Alliés à l’intelligence, ils font triompher par exemple, Ulysse, Jason, Thésée ... D’ailleurs, Horace disait également : « La force sans l'intelligence s'effondre sous sa propre masse ». Le deuxième tableau semble représenter Mithra. Pour la petite histoire, Mithra rencontre le taureau entrain de paître, décide de le monter, tombe et s’accroche aux cornes de l’animal … Mais, la bête s’épuise, Mithra l’attache et l’emporte sur ses épaules. Le taureau retrouve des forces, mais Mithra doit le sacrifier. Mithra parvient à capturer l’animal, le traîne de nouveau dans sa grotte et lui enfonce son couteau de chasse dans l’épaule. Touché au cœur le taureau s’effondre … Après le chien, animal de compagnie et compagnon de chasse, le premier animal domestique est la chèvre.


Le couloir qui sépare ces deux salles comporte encore un autre style de peintures, rupestres, des grands champs et cette chèvre ou ce bouc avec des cornes, en forme de … de 99. « Le sens et la signification du chiffre 9 est profond, il représente tout et rien en même temps ». 99 a une signification spirituelle. « On dit alors que le nombre angélique 99 fait référence à la fin, qu’une étape de votre vie va prendre un terme, un cycle touche à sa fin. Il vous rappelle que vous avez un grand esprit de leadership et de l’altruisme, et ce sont des qualités que vous pourrez très bien exploiter pour mener votre mission sur terre et pour attirer vos semblables à rejoindre votre cause. N’oubliez pas que vous êtes un être de lumière et que vous êtes un travailleur de lumière pour l’humanité ». Mais ce tableau peut aussi représenter l’agneau mystique…

Qui ?

Là est la question, on peut penser qu’ils sont plusieurs, les peintures de la première salle sont signées René ? Rani ? René ? Les autres ne le sont pas. Ce sont tout de même des personnes qui savent dessiner, peindre, qui semblent cultivées et qui sont restées un moment dans cette commune.

Autre chose : les poutres font penser à la « Librairie » de Montaigne, des citations dorées les recouvrent des deux côtés, magnifiquement peintes. Ces mêmes sentences sont peintes sur les traverses de la Tour Sur ces photos on peut en lire deux : « Orbis magnae vel parvae earum rerum quas Deus tam multas fecit notitia in nobis est. »

Du grand et du petit monde des choses que Dieu a faites en si grand nombre, la notion est en nous.



Extrema homini scientia ut res sunt boni consulere, caetera securum. Le bout du savoir pour l'homme est de considérer comme bon ce qui arrive, et pour le reste d'être sans souci.

Mes amis historiens ici présents se posent également de nombreuses questions, des francs-maçons ? (A cette époque…) des Allemands ? des Français pro régime de Vichy ? Des humanistes ? Des potaches ? Ce n’est pas tout Dans la première pièce, on peut voir un meuble, des panneaux (salle de spectacle, sortie) et partout des chimères, chimères que l’on retrouve encore chez Montaigne. Chimères que l’on retrouve encore au bas de la scène de la salle des fêtes….

Alors, quoi ? qui ?


Par Françoise VILLECHENOUX.

mercredi 18 novembre 2020

PROUMEYSSAC La formidable histoire du gouffre

Il est des endroits comme çà, que l'on découvre avec des yeux émerveillés, la bouche bée, d'où s'échappe dans un souffle : Waouh !

Une pure merveille que la terre nous a laissée en héritage : la bien nommée CATHÉDRALE DE CRISTAL. Mais de quoi s'agit-il ? Où se trouve cet éden ? Quelle est son histoire ?
Il s'agit du gouffre de Proumeyssac.




Cette immense cavité d'une profondeur de 42m se trouve à Audrix petite localité du Périgord noir, tout près du Bugue, à une petite quarantaine de kilomètres de Périgueux, Sarlat et Bergerac.






Curieuse histoire que celle de ce gouffre, crimes, suicides, sorcellerie, cache-buttins des voleurs de grand chemin, ancien volcan, que de péripéties sur plusieurs siècles, avant de pouvoir nous faire profiter de ce fabuleux spectacle de stalactites, stalagmites, draperies, sans oublier ma préférée, la fontaine pétrifiante. Dès 1755 il est déjà connu sous le nom " Le Cro de Promeissat " (cro en occitan signifiant trou). Il en est même question dans un ouvrage intitulé " l'oryctologie ". Il est considéré comme le cratère d'un volcan éteint d'où s'élèvent de temps en temps par élancement des feux souterrains qui brûlent le bois qu'on y expose. C'est un véritable volcan. En fait les fumées qui s'échappent, serait de la simple condensation de l'air humide exhalé dans l'air froid extérieur. A cette même époque, il s'est trouvé un intrépide habitant du coin, assez téméraire pour vouloir affronter le gouffre et ses abîmes. Il s'y fait descendre dans une hotte attachée à l'aide de cordes, il avait pris cependant la précaution de placer à l'entrée une sonnette dont il tenait en main le cordon .... Mais, arrivé à une médiocre profondeur, il se fit remonter et rapporta avoir aperçu de grandes cavités, mais qu'il s'y exhalait une vapeur très étouffante ne permettant pas de descendre plus profondément. En 1778, un inspecteur des manufactures écrit dans son "journal des tournées " ... " à une demie lieu du Bugue, au sud-est sur un tertre élevé (butte, monticule, en Occitanie = ou plus communément coteau) il y a un trou fameux dans le pays par la quantité de personnes qui y ont péri, les unes par accident, les autres volontairement. On l'appelle le trou de Proumeyssac ..... "

Il fut donc décidé de fermer le cratère. Afin de mener à bien ces travaux malaisés, M. de Barry, eut l'idée de donner le gîte et le couvert à tous les clochards de la région en échange de leur contribution à ce travail. La nature reprit donc ses droits et seule une croix de bois signalait l'endroit pour sa dangerosité. Puis, pendant 130 ans, le gouffre se fit oublier. Seuls les récits fantastiques peut-être même amplifiés au fil du temps le rappelaient au cours des veillées.

Jusqu'en 1907, où les voûtes installées pour le fermer, cédèrent à grand bruit, dans le gouffre, mais aussi à tel point que les journaux locaux en firent l’écho. Le propriétaire des terres et quelques-uns de ses amis décidèrent que l'heure était donc venue d'exploiter une fois pour toutes ce mystérieux gouffre.

Après bien des étapes, mais nous y reviendrons une autre fois, ENFIN, le jour de la Pentecôte 1957 des guides en grand uniforme, coiffés d'une casquette galonnée aux initiales du gouffre " G P " peuvent prendre en charge les nombreux visiteurs s'y étant pressés ....




Sans avancer plus, me réservant pour une prochaine fois le plaisir de vous conter des histoires plus secrètes de ce lieu magique, nous pourrons y revenir. Légendes ? N'y a-t ‘il pas une histoire concernant des canards, ou peut-être celle de ce Seigneur jeté dans le trou par ses vassaux ? Les découvertes sous cet énorme volume de cailloux jetés pour essayer de le combler ? Il en est des macabres, mais aussi une précieuse. Mais encore de probables autres facettes et galeries à découvrir ou partiellement déjà découvertes, chuuuttttt ! Il existerait un autre Proumeyssac encore plus vaste qui se cacherait sous l'actuel, pour le plus grand plaisir des spéléologues.

Prenons-nous rendez-vous pour l'acte 2 ?


Par Annie-Alice MOUNIER.

mardi 17 novembre 2020

Ordre Templiers

Les Templiers ? Au fait, qui étaient-ils ? Un peu d’histoire : à l’aube du second millénaire, des nouvelles alarmantes arrivèrent de la terre sainte : les lieux saints de la naissance de Jésus sont entre les mains d’une peuplade musulmane, les Turcs Seldjoukides … Un émoi s’empara de l’occident, de l’Angleterre à l’Italie, de l’Espagne aux pays germaniques. Les puissants seigneurs se réunirent avec leurs armes et se mirent en route vers les lieux saints : c’est la première croisade ! Elle se met en route en l’an de grâce 1096. Ensuite il y en aura sept autres. La dernière en 1270 verra la mort de Saint-Louis terrassé par la peste à Tunis.



En 1118 Jérusalem est repris et le chef des croisés Godefroid de Bouillon y établit son royaume.


Pour assurer la sureté des lieux et le chemin du pèlerinage, il fut créé un ordre de moines-soldats au concile de Troyes : les Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon devenus les Templiers, austères comme des moines, courageux comme des guerriers. Un champenois Hugues de Payens en fut le premier maître.

Pourquoi les Templiers à Sergeac ? Au fil des années cet ordre prit de l’importance. Afin de mener à bien ses missions et notamment d'en assurer le financement, à partir de dons fonciers, un réseau de monastères appelés commanderies se répandit constitua à travers l'Europe chrétienne d'Occident L’acte le plus ancien que nous connaissons concernant la présence des Templiers à Sergeac :
« l’an 1200 le 3 du mois de juin, Sire Raymond d’Imbert fit donation à frère Géraud Vernhes de tout ce qu’il possédait et de tout droit qu’il avait au mas de Nabinau et au puech de la Molière et del bail de posséder le tout en la paroisse de Serjac et le dit commandeur du lieu donner au Imbert en reconnaissance 50 sols ».

De part cette donation, l’ordre s’implanta sur la paroisse. Au fil du temps et de diverses transactions et donations de la part des seigneurs de Montignac et autres, les Templiers furent à la tête d’un domaine d’importance à vocation agricole, était organisé comme les anciennes villas gallo-romaines. Ils y pratiquaient des cultures traditionnelles à la région. et même Ils défrichèrent également certains coteaux pour y cultiver de la vigne car les Templiers étaient amateurs de vin. La commanderie était une énorme entreprise qui fonctionnait en autofinancement et dont les bénéfices allaient aux combattants de la guerre sainte. Malgré la grande étendue de l’exploitation, la communauté n’était pas importante du fait du nombre de ses membres. Outre les chapelains chargés des offices religieux, deux catégories existaient dans la communauté : les chevaliers, issus de la petite noblesse et les sergents d’un milieu plus modeste. Chacun faisait vœux de pauvreté, chasteté, et obéissance, celle-ci était particulièrement rigoureuse de par leur vocation militaire. La commanderie était une grande installation à quelques centaines de mètres du village, entourée de murs d’enceinte. Il ne reste aujourd’hui que les ruines du mur d’enceinte, et des tas de pierres. Cet endroit est toujours appelé la commanderie. Ce devait être une grande ferme monastère avec de nombreuses dépendances. Elle fut vendue en bien national pour la somme de 3150F. L’acheteur, le sieur Ferregaudie, fit des pierres un commerce de matériau de construction. Beaucoup de maisons du village furent construites avec ces vestiges. Outre l’église qui était leur chapelle, construite au XIIe siècle, le logis des commandeurs à côté de celle-ci, la Préceptorie avec ses allures de maison forte et sa haute tour démontrait la puissance de ses commandeurs Les principaux commandeurs :

                 Géraud de Lavergne 1275 - 1295
                 Bernard de Tayac 1298 - 1299 
                 Géraud de Lavergne 1300 - 1306

Et leur fin ? Au matin du 13 octobre 1307 aux premières lueurs du jour, une troupe de cavaliers et de soldats à pied apparurent sur les hauteurs du village et dévalèrent vers la commanderie « ouvrez au nom du roi ! ». Qui était ce roi ?

C’était le roi de France Philippe IV Le Bel, petit- fils de Saint-Louis. Ce roi lugubre qui avait une triste habitude de trouver de l’argent nécessaire au royaume en persécutant les communautés. Après les juifs et les lombards, il s’intéressa aux Templiers … Après une campagne de calomnies, aidé par son sinistre conseiller Guillaume de Nogaret et la faiblesse coupable du pape Clément V, au terme d’un infâme procès et une ignoble condamnation, en ce sombre matin d’automne, les Templiers de Sergeac, comme tous les moines soldats du royaume furent arrêtés.

Leurs biens : des livres, des objets de culte, des outils, les animaux des étables et de la basse-cour furent rassemblés à la hâte tels de tristes butins de guerre. Ce lamentable cortège prit ensuite la route devant le regard médusé et apeuré des Sergeacois … Il se rendit sûrement à Domme où les prisonniers furent internés dans les sous-sols de la porte des Tours …. On ne revit plus jamais les Templiers à Sergeac.

Plus tard, quelques années après, en 1316 s’installa à la commanderie une nouvelle communauté religieuse : les Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem. Ils arrivaient de la commanderie de Condat, avec à leur tête Guillaume de Cramirat qui devint le nouveau commandeur de Sergeac. Il prit possession de l’ancienne maison du temple qui devint l’Hospitum de Cramiraco puis plus tard le château de Cramirat.




Par Bernadette FONDRIEST.

lundi 16 novembre 2020

NOUSILLOU

Dans le dictionnaire topographique du département de la Dordogne du Vicomte De GOURGUES paru en 1783, un lieu intrigue : Nousillou suivi entre parenthèses de Lou Cassou. C’est dans l’occitan que l’on trouve un semblant d’explication que l’on peut traduire par « casse-noisette ».

Il s’agit d’un lieu que l’on ne voit pas sur la carte de Cassini, ni sur celle d’aujourd’hui de l’IGN, ni sur la documentation de l’office du tourisme. Heureusement, on peut facilement le situer précisément avec l’explication complémentaire : « pierre branlante, commune de Saint-Estèphe » une commune au nord du département, au-dessus de Nontron.


Ce roc branlant est un bloc de granit de 3 m sur 3, laissé en équilibre sur une table rocheuse au milieu de la rivière. Il est le résultat du lent travail des eaux sur la roche. Il se balance facilement d’une simple poussée. Un chapelet (ou chaos granitique) de blocs de granit s’étend sur une centaine de mètres. Ces roches magmatiques sont remontées à la surface du globe il y a quelques 320 millions d'années, en même temps que le Massif Central.



Nous voilà donc avec un roc branlant servant à casser les noisettes ou noix, sûrement un jeu d’enfants.

L’explication, on la trouve racontée par l’abbé Brugière. À la même époque, « on remarque dans la commune de Saint-Estèphe, un rocher appelé "le roc branlant", digne d'exciter la curiosité du voyageur. Ce bloc granitique qui mesure 4,50 m de hauteur sur 3,50 m de largeur, est placé sur une table également de granit et oscille de l'est à l'ouest sous la moindre impulsion. Il brise tous les objets qu’on lui présente et comme on se plaît à poser au-dessous des noix et des noisettes, on ne l’appelle dans le pays que « Le casse-noisette ». Il brise les pierres et tord les sous. L'accès de ce roc est difficile. À peu de distance du casse-noisette, on voit une chaîne de rocs de même nature qu'on appelle le chapelet du diable. L'un de ces rocs est muni à son centre d'un trou en forme de vase qu'on appelle le « bénitier du diable ». Il contient une eau, dit-on inépuisable ».

Le site se compose, outre le Roc Branlant, d’une forêt mixte dominée par le chêne et le châtaignier, d’une rivière, la Doue qui, partiellement dérivée, alimente le village des Petits Moulins et rejoint l’étang des Cygnes. Au centre du site, le Roc Branlant, roc granitique typique du massif cristallin du Périgord vert, se dresse au milieu d’une clairière, tel un monument, à proximité de La Doue, invisible, absorbée par un chaos granitique. Seul le bruit de la rivière trahit sa présence.

Cette ambiance a de tout temps été propice aux rêves et aux légendes. Le Roc Branlant, le chapelet du Diable, le village des Petits Moulins appartiennent à l’imaginaire collectif du Périgord et nombre de légendes et histoires fantastiques entourent ce site. L’intérêt légendaire du site provient de la réputation de ce roc, censé porter chance, et de la tradition selon laquelle les rochers du Chapelet du Diable auraient été miraculeusement créés par un moine égrenant son chapelet pour échapper aux poursuites du Diable.

Aujourd’hui, on peut lire sur un dépliant local : « Le Culbuto, qui fut un lieu de pèlerinage, raconte une histoire ancestrale : il fermerait la porte de l’Enfer, où le diable a tenté d’attirer des moines du coin. Il est possible que des druides y tinssent leurs réunions à l’époque. Aujourd’hui, le rituel consiste à coincer une pièce sous le monolithe, pour qu’il la plie. (Cela porte bonheur).

Quand Dieu créa la terre, il s'attarda particulièrement dans cette région pour la rendre plus belle, il fit pousser les plus beaux arbres, couler les eaux les plus claires dans les ruisseaux. Il égaya les sous-bois d'innombrables sources et parsema le pays d'une multitude de rochers. De tels rocs tentèrent le diable. Il choisit les plus beaux et les dissimula avant de s'enfuir pour aller cacher son butin aux enfers. Quand il prit son élan du haut de « Peyre-tenche », ses pieds fourchus frappèrent si violemment le sol que l'on peut encore y voir l'empreinte dans la roche sur la face tournée vers Saint-Estèphe.


Le Bon Dieu, qui surveillait la terre depuis les nuages avait vu le voleur et ne tarda pas à se lancer à sa poursuite. Lucifer, dans sa fuite, lâcha les rochers dans le lit de la Doue. Ils s'égrenèrent le long du ruisseau et, depuis ce jour, on les nomme « Chapelet du Diable ». La plus grosse d'entre elles se posa en équilibre sur le sol. Elle est aujourd'hui baptisé « Roc Branlant ».
Le porte-bonheur ''Mettez une pièce sous le roc branlant à l’aide d’une baguette de bois. Faites pivoter le bloc. La pièce tordue devient un porte-bonheur apprécié !''

Le terme casse-noisette semble oublié, cependant en interrogeant des anciens, ils se rappellent y être allés avec des noix à casser !

Par Jean-Louis FILET.

samedi 14 novembre 2020

Mammouths

Quel touriste n’a pas visité les grottes de Lascaux, ou de Villars ? Quel écolier périgourdin, n’a pas, un jour, fait un voyage scolaire aux grottes des Eyzies ou visité celle du Grand Roc ou de Bara-Bahau ? On ne compte plus leur nombre.


Je vais vous parler de la grotte de Rouffignac-Saint-Cernin-de-Reilhac, moins connue, dite la grotte aux cent Mammouths.

La grotte de Rouffignac

c'est une grotte située au cœur du Périgord, sur la commune de Rouffignac-Saint-Cernin-de-Reilhac, entre Bergerac et Sarlat, dans le département de la Dordogne. Elle abrite plus de 250 gravures ainsi que des dessins au trait datant du Paléolithique supérieur (Magdalénien, plus de 13 000 ans). C’est l'une des plus vastes de la région. Elle associe un développement d'environ 8 kilomètres de galeries. Celles-ci, réparties en 3 niveaux, peuvent atteindre une dizaine de mètres de haut et une douzaine de large. L'ensemble est creusé dans un calcaire crétacé où abondent les nodules de silex. Le réseau est aujourd'hui totalement fossile, si l'on excepte un petit ruisseau qui parcourt les boyaux les plus profonds. L'essentiel du creusement des galeries par l'eau s'est déroulé pendant l'ère géologique tertiaire. On considère que le réseau est asséché depuis 2 ou 3 millions d'années. Sa découverte est relativement récente mais elle est connue depuis plusieurs siècles et décrite en 1575 par François de Belleforest. En 1948, les dessins de la frise des rhinocéros sont découverts par le Spéléo-Club de Périgueux. Ils apparaissent derrière leur campement : le directeur de la circonscription préhistorique conclut à l’époque à des dessins faits par le maquis. Les peintures et gravures de la grotte ont été découvertes scientifiquement le 26 juin 1956 par le professeur Louis-René Nougier, titulaire de la chaire de préhistoire de l'université de Toulouse, et Romain Robert de la société préhistorique de l'Ariège. Une vive polémique surgit entre ceux qui croient en l'authenticité des œuvres d'art et ceux qui en doutent. La conclusion ferme et définitive est donnée en septembre 1956, après les expertises de Henri Breuil, du professeur Paolo Graziosi de l'université de Florence et du professeur Martin Almagro de l'université de Madrid.



Pourquoi les cent mammouths ?

A Rouffignac le mammouth est le thème dominant. 158 de ces pachydermes figurent sur les parois et les plafonds de ce dédale. Sur les 350 cavités où ils sont représentés en Europe occidentale, un tiers se trouve à Rouffignac, d’où son surnom de grotte des mammouths.


Les ours

Les premiers à avoir fréquenté la grotte sont vraisemblablement les ours des cavernes. De leurs passages répétés dans la cavité subsistent de nombreuses traces : d'innombrables griffades sur les parois et les plafonds et des bauges (nids) dans les sols argileux de certaines galeries.

La grotte est ouverte au public depuis 1959. La visite se fait dans un petit train électrique, afin de ne pas polluer le site.

Par Geneviève COULAUD.

vendredi 13 novembre 2020

Ligne de demarcation

La ligne de démarcation

Le 22 juin 1940, une délégation gouvernementale française signe l’armistice avec l’Allemagne nazie à Rethondes. Le texte entre en vigueur le 25 juin infligeant à la France des conditions très rigoureuses : occupation des trois cinquièmes de la métropole, entretien des troupes d’occupation et captivité de plus d’un million de prisonniers. La clause la plus visible est l’établissement d’une ligne de démarcation de 1200 kms qui divise l’hexagone en deux zones, occupée et non occupée (dite « Libre »). Elle s’étire du Pays Basque, exactement de la frontière franco-espagnole, jusqu’à la Suisse en passant au-dessus du Centre de la France. Le gouvernement de Vichy exerce toujours son autorité sur l’ensemble du territoire mais doit collaborer avec l’ennemi dans la zone occupée. Selon les sources, qui diffèrent, de 13 à 17 millions de Français vivaient en zone non occupée tandis que de 23 à 29 millions vivaient en zone occupée.

Elle s’étire du Pays Basque, exactement de la frontière franco-espagnole, jusqu’à la Suisse en passant au-dessus du Centre de la France. Le gouvernement de Vichy exerce toujours son autorité sur l’ensemble du territoire mais doit collaborer avec l’ennemi dans la zone occupée. Selon les sources, qui diffèrent, de 13 à 17 millions de Français vivaient en zone non occupée tandis que de 23 à 29 millions vivaient en zone occupée.

Cependant, compte tenu de la lourdeur du dispositif, il faut attendre avril 1942 pour que l’Institut Géographique national publie la première carte nationale mentionnant le tracé de cette ligne Elle traverse treize départements, plus de la moitié du territoire.

Les autorités allemandes se gardent surtout les principales régions industrielles et économiques ainsi que les ports de l’Atlantique et de la Manche.


En Dordogne, elle passe à l'ouest du département. Venant de Gironde, à la sortie de Castillon sur Dordogne, en direction de Lamothe Montravel, au lieu-dit du Mounan, elle suit un petit cours d’eau, la Lidoire, continue vers Monpeyroux, le long du Fréchou, petit affluent de la Lidoire, puis Villefranche de Longchat, Montpon, Ribérac, Echourgnac, La Rochebeaucourt. Elle n’est pas matérialisée par des barbelés mais elle joue le même rôle qu'une frontière classique avec ses attributs (guérites, barrières, barbelés, chicanes, troncs abattus, voire mines parfois). Un panneau indique le passage.



La circulation des personnes, des marchandises et la communication postale entre ces deux grandes zones sont alors rendues très difficiles. Normalement imperméable, elle est difficile à garder, et ceci malgré les patrouilles parfois accompagnées de chiens. Elle suit en général des routes ou des petites rivières. Mais il arrive qu'elle tranche une ville en deux comme Ribérac, une propriété, une maison même… avec toutes les tracasseries diplomatiques que cela peut apporter continuellement.

Elle est même déplacée parfois ce qui entraîne des problèmes autres et parfois cocasses, Mr G : « Il fallait amener les armes à la mairie, j’avais caché mes fusils dans la fagotière mais voilà que le premier adjoint vient me voir et me dit de faire attention car la ligne allait avancer et passer par ma fagotière !!Oh, p…vite on a pris les fusils pour les porter dans un autre endroit… »

Elle ne peut être franchie qu’avec une autorisation des autorités allemandes (Ausweis)



Elle devient vite un lieu de transgression, franchie clandestinement par des gens fuyant la zone occupée, des Résistants, des Juifs avec, parfois une fin tragique lorsqu’ils sont arrêtés. On découvre alors de nombreux héros modestes, armés de courage qui se font passeurs pour aider ces personnes, en connaissance du risque, pourtant, c'est la prison et parfois la condamnation à mort par un tribunal militaire allemand s’ils sont pris. On peut dire que c'est une première forme de résistance. Mais, Mr G. « Il y avait des passeurs qui faisaient traverser moyennant argent. Il y avait un véritable commerce. Quand les juifs arrivaient, on les reconnaissait vite avec leur chapeau et leur petite mallette, eh bien la mallette, ils devaient la laisser. Sans compter ceux que l’on envoyait dans la gueule des boches » M. L . « quand on passait on ne le criait pas sur les toits », tout était utile, outils de jardin, bottes, les légumes au milieu desquels on glissait du courrier, comme les choux fleurs « choux, choux bien farcis » disaient-ils en se moquant de Mme M, les guidons de vélo…les volets tirés d’une certaine façon, le linge étendu ou non, le collier du chien où l’on cachait des papiers et le chien qui connaissait le chemin, menait tout tranquillement les documents de l’autre côté de la ligne…

Un nom revient souvent, celui de Gilbert Renault, plus connu sous celui de « Colonel Rémy » membre du B.C.R.A, chargé par De Gaulle de créer dès août 1940 un réseau de renseignements tout le long de la côte atlantique, de Brest à la frontière espagnole : le réseau Confrérie Notre Dame (CND), réseau qui couvre l’ensemble de la France occupée et une partie de la Belgique. De La Bardonnie lui en donne l’occasion, le terrain est prêt, depuis longtemps et depuis sa propriété de Le Breuilh », il combat déjà l’ennemi avec Beausoleil, Rambaud, Fleuret…Grâce à eux, le Colonel Remy franchit souvent la Lidoire au nez des Allemands.

Le 11 novembre 1942, par réaction au débarquement allié en Afrique du Nord, les Allemands occupent toute la France.
La ligne est supprimée le 1er mars 1943.
Par Françoise VILLECHENOUX.

jeudi 12 novembre 2020

Kaolin de mon enfance



Curieusement, nous appelions cet endroit « le tertre rouge ». Nous avions entre 7 et 10 ans, 4 enfants du bourg inséparables. La forêt, juste après le village n’avait pas de secret pour nous. Nous prenions le chemin du « lac des Pigeons ». Le lac était en réalité une petite mare dans laquelle nous attrapions des tritons ou des têtards.





A droite, un sentier menait à l’étang de Rivesol, au milieu un autre qui nous faisait peur car une voiture brûlée par les Allemands gisait encore dans le bois, vestige de l’incendie de la maison de la Borie.





Nous prenions le sentier de gauche, serpentant entre les grands chênes et les châtaigniers de la forêt. A quatre cents mètres, sur la droite, le tertre se dressait, telle la tête d’un énorme champignon sortant de terre. Pour nos petites jambes, il nous paraissait énorme, insolite : une montagne rouge marbrée de blanc. Pas de végétation sur ce champignon, ce qui rendait ce lieu mystérieux. Nous montions à son sommet et là, nous creusions la matière blanche immaculée avec nos mains, avec des bâtons, plus tard avec des cuillères. Quel beau jouet cette pâte à modeler ! Douce au toucher, elle prenait toutes les formes que nous lui donnions : petits bonhommes, animaux.



Nous étions sur un filon d’argile pure rouge et blanche : la blanche était du kaolin. Mon papa m’expliqua alors que ce kaolin était la base de la fabrication de la porcelaine et qu'en Limousin on exploitait de gros gisements. Alors je rapportai à la maison un morceau de cette pâte pour en faire un vase. Grossier et très lourd, je le fis sécher sur le bord de la cuisinière et le peints en bleu charrette, peinture trouvée dans l’atelier de mon père. J’ai gardé longtemps ce vestige de mon enfance.

Nous sommes tous partis faire notre vie ailleurs. Je suis revenue vivre au village. Récemment, nous avons emprunté ce chemin du « lac des pigeons », réhabilité en sentier de randonnée. Le lac est à moitié asséché, envahi par les herbes. Le chemin est devenu rectiligne, refait complètement, méconnaissable … plus loin la forêt a été coupée. Seuls quelques chênes subsistent de loin en loin, orphelins. Le chemin traverse alors un large espace où le sol est nu : notre tertre rouge ! Une pelle mécanique a décapité notre montagne magique, le kaolin a été étalé dans le chemin, en une vaste hémorragie … Les randonneurs qui passent par ici ne savent pas quelle a été la valeur de ce lieu, ils foulent le sol de leurs chaussures à crampons … Je suis revenue seule il y a quelques jours. Je me suis assise sur le bord du chemin blanc, j’ai pris une motte de kaolin dans mes mains et je l’ai malaxée longuement … Je me rappelais sa douceur dans ma paume … j’ai alors modelé un visage d’enfant. Ce visage pleurait. Je me suis relevée et j’ai essuyé mes larmes avec le revers de ma main d’adulte.

Par Mireille BERGER.

mercredi 11 novembre 2020

Josephine BAKER et la Dordogne



Fréda Joséphine McDonald dite Joséphine Baker est née en 1906 à Saint-Louis dans le Missouri. Passionnée de danse depuis son plus jeune âge, elle fait partie d’un groupe d’artistes de rue et ramène un peu d’argent au sein de son foyer. Pour elle, l’avenir est ailleurs et elle décide de tenter sa chance en tant que danseuse à New York. Elle va lui sourire, puisqu’elle rencontre une mondaine qui lui propose de partir en France avec elle, convaincue que Joséphine a un potentiel énorme.



Dès ses premières représentations, le public parisien est enthousiaste. Joséphine Baker, avec son pagne de bananes et ses danses aux rythmes jamais entendus en France, devient vite une icône. Les plus grands artistes la voient comme une muse. Lorsqu’elle prolonge sa carrière dans la chanson, c’est un nouveau succès, avec le titre inoubliable « J’ai deux amours ».

La résistante

La vie de Joséphine Baker est très mouvementée, et ne s’arrête pas à la danse ou au chant. En 1939, elle devient agent du contre-espionnage à Paris, milite au sein de la Croix-Rouge française, s’engage dans l’armée de l’air… Les autorités militaires manifesteront cependant beaucoup de réticence à reconnaître son action, rejetant à deux reprises, en 1947 et en 1949 la proposition de sa nomination comme chevalier de la Légion d'Honneur. Il faudra l'intervention du général Billotte, chef d'état-major particulier du Général de Gaulle, du général Bouscat, chef d'état major général de l'armée de l'air et d'Alla Dumesnil-Gillet, supérieure hiérarchique de Joséphine Baker en Afrique du Nord, qui rédigent des rapports sur ses états de service pendant la guerre, pour que Joséphine Baker obtienne enfin la reconnaissance officielle qu'elle mérite pour son engagement patriotique. Par décret du 9 décembre 1957 JO du 14/12/1957, elle est faite chevalier de la Légion d'Honneur et reçoit la Croix de guerre avec palme. Très engagée évidemment dans la lutte contre le racisme, elle soutient Martin Luther King en 1963 durant la Marche vers Washington. Citoyenne Française depuis son mariage avec Jean Lion en 1937, Joséphine est recrutée dès 1939 par le 2ème Bureau des Forces Françaises Libres. Elle servira de couverture au capitaine Abtey (chef du contre-espionnage militaire à Paris) grâce à sa renommée internationale lui permettant de circuler librement et ainsi d’aider des réfugiés à quitter le pays. Au cours de soirées officielles, elle devenait agent de renseignements et ses partitions de musique permettaient aussi la transmission de messages codés. Envoyée en mission au Maroc, elle chantera bénévolement devant les troupes françaises et alliées stationnées en Afrique du Nord malgré de graves problèmes de santé. Dévouée à la France, Joséphine déclare : « C’est la France qui m’a faite. Je suis prête à lui donner aujourd’hui ma vie. Vous pouvez disposer de moi comme vous l’entendez ». A plusieurs reprises, Joséphine Baker lutta pour la France libre au péril de sa vie ! Ce n’est qu’en 1961 qu’elle reçut aux Milandes, des mains du Général Valin, la légion d’honneur.

La châtelaine

Le château constitue la résidence de la chanteuse, qui le loue à partir de 1937 et l'achète, dix ans plus tard, avec son nouveau mari Jo Bouillon. Joséphine et Jo Bouillon avaient ce même idéal de fonder un « Village du Monde, Capitale de la Fraternité universelle » afin de montrer au monde entier que des enfants de nationalités et de religions différentes pouvaient vivre ensemble dans la paix. L’amour de Joséphine Baker pour les enfants en général était inébranlable, à tel point qu’au retour de ses tournées, elle n’hésitait pas à ramener dans son paradis des Milandes un enfant en manque d’amour ou dans le besoin. Qui aurait pu le lui refuser ? Tous ses enfants furent adoptés à partir de 1955. Au départ 2, ils furent 6 puis 8 et enfin 12 enfants de nationalités et de religions différentes. Il y eut : Akio, Coréen ; Janot, Japonais ; Jari, Finlandais ; Luis, Colombien ; Marianne et Brahim d’Afrique du Nord, Moïse, Français et d’origine Juive ; Jean-claude et Noël Français, Koffi de Côte d’Ivoire, Mara, Vénézuélien et Stellina Marocaine.
Joséphine Baker en train de jardiner dans sa propriété du château des Milandes, en Dordogne. AFP


Tous ses enfants formaient la « Tribu Arc en Ciel », unis pour le pire comme pour le meilleur. Car au départ, il s’agissait surtout du meilleur : chaque enfant était entouré et choyé par une nurse, habillés comme des petits anges, vivant dans un château où régnait luxe, calme et amour ! Akio se souvient de noëls magiques, le château était même trop petit pour accueillir tous les amis et tous les cadeaux ; l’arbre de Noël était gigantesque dans le grand salon. Joséphine créa le ramassage scolaire pour ses enfants et ceux du voisinage. Ils allaient à l’Ecole de Castelnaud mais au château un précepteur leur enseignait également la culture de leur pays. Les années 50 furent très joyeuses pour toute la tribu qui profitait d’un père et d’une mère attentionnés. Jo Bouillon est alors chargé de la gestion du fabuleux complexe touristique des Milandes et s’attachera à freiner l’ambition démentielle de la star. Malheureusement, les prémices d’une faillite prévisible mirent fin au bonheur. Trop généreuse et certainement très naïve, Joséphine ne parvient pas à gérer ses entreprises. Au-delà d’une apparente tendance à la dépense, due un train de vie fastueux, elle fut abusée par grand nombre d’artisans peu scrupuleux à lui faire payer plusieurs fois les mêmes factures et sa générosité sans limite la pousse vers un endettement effroyable. Lorsque Jo Bouillon quitte les Milandes pour d’autres horizons, il laisse une Joséphine criblée de dettes mais toujours déterminée dans la poursuite de son Village du Monde !

Le 19 août 1961, Joséphine Baker, entourée de ses enfants adoptifs, après avoir été décorée de la Croix de la Légion d’Honneur au château des Milandes en Dordogne. ARCHIVES SUD OUEST

En 1964, à la suite de problèmes financiers, la mise en vente aux enchères du château est annoncée. Malgré un répit grâce à l'intervention de Brigitte Bardot, qui lance un appel aux Français, et le refus par Joséphine Baker de l'offre pourtant apparemment avantageuse de Gilbert Trigano qui reprenait l'exploitation du complexe touristique en lui laissant l'usufruit du château, il est finalement vendu pour un cinquième de sa valeur en 1968. Faisant jouer la loi française elle obtient un sursis qui lui permet de rester sur place jusqu'au 15 mars 1969. Cependant, alors qu'elle est en tournée, elle apprend que le nouveau propriétaire a investi les lieux. Elle s'y oppose et investit seule, la cuisine dans laquelle elle se barricade, ses enfants étant confiés à sa sœur et placés dans des établissements scolaires parisiens. Profitant d'une de ses sorties de la pièce pour aller chercher de l'eau, les ouvriers ou employés du nouveau propriétaire, qui ont pour consigne de lui faire quitter le château, referment la porte derrière elle. Elle passe sur les marches du perron et doit être transportée à l'hôpital le lendemain ; cet événement tourne en sa faveur et elle obtient finalement une autorisation judiciaire de réintégration dans la cuisine.

A 62 ans elle s’installe à Roquebrune sur la Côte d’Azur, aidée par la Princesse Grâce de Monaco. Pour rembourser ses dettes, Joséphine remonte sur scène. En 1974, pour ses 50 ans de carrière André Levasseur lui offre le Sporting Club de Monaco. Le spectacle du Bal de la Croix Rouge, qui est organisé pour la principauté de Monaco, lui permet de redevenir une star. Cette revue est montée au théâtre de Bobino à Paris et fut un triomphe ! Elle retrace toute la carrière de l’artiste, les épisodes heureux et malheureux. Le triomphe, hélas ne dure pas, Joséphine est épuisée. Après quelques représentations, elle est retrouvée inanimée dans l’appartement qu’elle occupe à Paris. Transportée d’urgence à la Salpêtrière, elle meurt le 12 avril 1975 des suites d’une hémorragie cérébrale à 5h30 du matin.

Par Geneviève COULAUD.

mardi 10 novembre 2020

Insomnie


Cette nuit là, le sommeil ne voulait pas venir

Il était quelque part, ailleurs

Aux confins des systèmes solaires, peut être

Là bas, loin, si loin,

Que la vieille dame est sortie dans son jardin

Qu’éclairait un simple bout de lune.

Elle s'est assise sur le vieux banc couvert de rouille.

Au loin le rossignol des amoureux

Faisait ses gammes.

Une étoile filante traversa le ciel ;

Elle se le rappela ce que sa mère

Et sa grand -mère avant elle lui avaient jadis dit !



C’est alors qu’elle crut entendre très distinctement

Une voix qui lui susurrait,

Fais un vœu !

D'où venait cette voix, se demanda t elle ?

La voix répéta : fais un vœu !

Alors la vieille dame demanda d’une voix tremblante,

Je voudrai dormir

Et revoir ceux et celles que j'ai aimés durant ma vie.

Brusquement, comme par miracle

Elle sentit venir le sommeil.

Puis un grand nuage blanc sembla tomber du ciel.



Ils étaient là blottis dans la nuée,

Ses parents, ses grands parents,

Sa famille, tous ses amis.

Un immense bonheur l'envahit, elle n'en croyait pas ses yeux.

Ils avaient l'air si jeunes, si gais

Elle se leva et courut vers eux.

Elle ne sentait plus la douleur,

Seule la joie des retrouvailles comptait.

Ils parlèrent longtemps,

Revivant leurs bonheurs passés,

Jusqu’à ce que la fraîcheur de l'aube,

La tira de ses songes,

Comme à regret,

Elle regagna sa chambre, s'allongea sur le lit.

Heureuse et éblouie

Telle Cendrillon devant son carrosse

Qui la conduisait vers l’amour.




Combien de fois lorsque j’étais enfant

Ma grande mère

Avant de m’endormir me l’a contée.

Cette histoire puérile, ce conte sans doute

Peut être sorti de son imagination

Je ne l’ai pas oublié.

Et je me le raconte à moi-même les soirs d’insomnie.

Il me suffit de faire un vœu,

Celui de la vieille dame et pour moi seul il se renouvelle.

C’est le film des moments heureux.


''Magie ?

Essayez et peut être à votre tour le ferez vous ?''


__ Par Jean-Pierre MEYNARD.__ Tous droits réservés

lundi 9 novembre 2020

Hoyau arme du crime

Un hoyau aussi appelé houe, est un outil manuel du jardinier et du vigneron. Le nom hoyau d'origine germanique, est celui d'un outil à lame forte, aplatie, à deux fourchons, employée au défoncement des terrains.

Nous sommes un mardi 1er janvier de 1788. Jean Filet avait emmené sa famille à la messe en l’église d’Audrix à l’exception de sa sœur Jeanne, légèrement handicapée, restée seule à la maison du Colombet où Jean exploitait la ferme du domaine du seigneur de Vassal de la Barde. La maison du dit domaine qui se trouve située dans les bois est isolée.
De retour de la messe, Jean est surpris de voir la maison fermée. N’obtenant pas de réponse de sa sœur, il force la porte, et la stupeur et sidération de voir sa sœur allongée sur le sol au milieu d’une flaque de sang. L’horrible drame ! Pendant qu’on disait la messe, des individus entrèrent et assommèrent à coup d’un hoyau trouvé sur place, la dite Jeanne Filet qu’on savait avoir de l’argent qu’elle portait sur elle. Après l’avoir tuée ils lui volèrent son argent qui consistait en la forme de deux cents livres dont partie en un double Louis, un Louis de vingt-quatre livres et le surplus en écus de six livres et d’autres pièces d’argent, quelques vêtements. Après quoi, les auteurs de ce meurtre suivi de vol s’en furent après avoir fermé la porte de ladite maison à clefs qu’ils emportèrent. À l’issue de cette macabre découverte, on a fait prévenir le procureur du Bugue qui ordonne aussitôt de faire dresser un procès-verbal du cadavre. La nouvelle de l'assassinat s'est promptement répandue. Très rarement, un curé note une appréciation sur les causes d’un décès. Alors la mention faite dans la marge par le curé d'Audrix "Mort horrible" est significative de la sauvagerie de l’acte commis.


Réf. Ad 24 Bms Audrix page 396/428.

Mort horrible : Jeanne Filet, âgée de trente-cinq ans ou environ du village du Colombet présente paroisse a été écrasé par assassin dans sa maison, le premier janvier mille sept cent quatre-vingt-huit, pendant le temps des ottries et après que la justice a eu fait son verbal elle a été enterrée le lendemain par moy soussigné en présence de Pierre et Léonard Archambeau, Jean Gauchat et Jean Mélou qui n’ont su signer de ce enquis par moy Brucghe archiprêtre .

Au cours du mois de janvier, l’enquête n’avance pas vite. Si deux hommes ont été aperçus vagabondant sur un chemin forestier ainsi qu’une dame, on a peut-être là le début d’une piste. La mendiante interrogée semble accuser Pierre Escot dit Bergerac. Ce dernier présente plusieurs versions sur sa position lors du 1er janvier. Aperçu devant un cabaret avec une chemise ensanglanté, il sera arrêté comme Léonard Baussou dit Lafon vu le 2 janvier à la foire de Saint-Cyprien, lui aussi avec des vêtements tachés de sang. La suite de l’enquête mettra aussi en cause un troisième personnage Etienne Cassan dit Palette. Ils sont tous emprisonnés au Bugue puis transférés à Sarlat avec d’autres prisonniers à cause d’une crue de la Vézère.

Fin 1788, se terminent les interrogatoires et confrontations des témoins faites par le juge du tribunal de Limeuil. Témoins cités : 1 : Delpeyrat Jean dit Pape fils aîné 32 ans du village de la Vérounie /Audrix. 2 : Congié Antoine dit Mourette marchand boucher de Périgueux (40 ans). 3 : Jeanne Farge cousine de M de Cazillac Ayant requis salaire, a reçu 8 livres pour les 4 journées perdues. 4 : Laplumette Pierre dit Lascombe de Saint-Chamassy. 5 : Lachaud Jean (61 ans) laboureur du village de Lascaux/Audix. 6 : Delbreil Pierre laboureur. 7 : Bézanger Jean laboureur. 8 : Laporte Antoine maçon. 9 : Malmounet Jean. 10 : Françoise fille de feu Léonard accusée de faux témoignage contre Etienne Cassan, lui présente des excuses. 11 : Comte Méric métayer du sieurAntignat. 12 : Monribot Jean dit Linou du village de la Vérounie /Audrix. 13 : Broudiscou Pierre tailleur d’habits. 14 : Demoiselle Izabeau Lafaye. 15 : Jeanne d’Eygueperse. Pendant deux ans, le dossier reste en attente et Pierre Escot en prison. La Révolution entraîne une réforme importante de la justice. À partir de mars 1791 reprise de la préparation du procès qui se terminera « portes ouvertes » le 31 décembre 1791.

Après délibération, Le second janvier 1792, Escot dit Bergerac est l'auteur de l'assassinat commis sur la personne de Jeanne Filet l'ont déclaré et déclarent dument atteint en connaissance du dit crime d'assassinat pour réparation de quoi en conformité de l'ordre, l'ont condamné et le condamnent à perdre la vie et trois livres d'amende envers la nation et aux dépens envers ceux qui les ont exposés et comme par les informations le nommé Palette n'est que fortement soupçonné de complicité du dit crime … Et à l'égard de Léonard Bouissou dit Lafon l'ont relaxé de l'accusation contre lui intentée. Un verdict qui arrive donc quatre ans jour pour jour après cet horrible assassinat.

''Sources : AD 24-B 1604 (1788/1792) sénéchaussée de Sarlat Plaintes et informations criminelles / PV et interrogatoires. Un siècle de chroniques villageoises, d’après vingt procès de 1670 à 1792 » de Miton Gossare.''


Par Jean-Louis FILET.

samedi 7 novembre 2020

Gabarres et autres bateaux de la Dordogne


La Dordogne est devenue une voie naturelle d’échanges et ce, depuis l’époque Gallo-Romaine. Il faut dire que les ressources ne manquaient pas, les forêts pour le bois de construction et le chauffage, les merrains pour la tonnellerie, les carassonnes (piquet de vignes en châtaigniers). En plus du bois, on transportait les fromages d’Auvergne, les peaux des tanneries de Bort-les-Orgues, les châtaignes (qui pouvaient également partir vers l’Angleterre et la Hollande), les « soustres » pierres destinées aux meules, le charbon d’Argentat, le genièvre, le vin, les céréales, les papeteries et diverses marchandises telles que les tuiles, les poteries…

On peut même dire qu’elle a fait vivre et parfois prospérer bon nombre de riverains.

C’est ainsi qu’on a construit des « gabarres » ou « gabares » tout le long de la rivière. Parfois les chantiers étaient éphémères sur l’exploitation d’une coupe de bois. C’étaient des barques à fond plat ou « sole » qui permettait avec un faible tirant d’eau de porter un maximum de charge car elles étaient destinées au transport de marchandises. Elles pouvaient même être gréées. Sous ce terme, on désignait plusieurs sortes de bateaux fluviaux. Le courpet est un ancien type de gabare, utilisé en haute Dordogne depuis Argentat en Corrèze (le nom « d’Argentat » était également utilisé pour le désigner), bien que généralement construit à Spontour (commune de Soursac) ou Saint-Projet. L’élan du bateau était impulsé par une rame ou « pallas » et le gabarrier, juché sur le chargement afin de pouvoir observer, dirigeait la manœuvre, à l’aide d’un grand aviron ou « plume » ou « gober ». Il fallait une autre personne pour écoper. A usage souvent unique, il était fabriqué avec du « bois pauvre » comme le hêtre, le tremble, l’aulne, le bouleau, le peuplier…
Arrivé à destination il était alors « déchiré » (désassemblé) et vendu avec le chargement comme bois de chauffage.

On disait alors de cette navigation qu’elle était à bateau perdu car il était très difficile de remonter à contre-courant surtout en l’absence de chemin de halage. Les gabariers rentraient alors à pied ou sur de légers « couralins ». L'activité des courpets était saisonnière, et se concentrait sur une période d'environ 27 jours, période appelée par les gabariers : « eau marchande » ou « eau de voyage ». C’était à la fin du printemps avec les eaux de neige ou au début de l’automne avec les grosses pluies que l’eau était assez haute pour passer les hauts fonds sans trop de difficulté car les passages périlleux étaient nombreux (appelés localement « malpas »), bien connus et redoutés par les gabariers. Le trajet entre Argentat et Libourne en Gironde s'effectuait en 5-6 jours par beau temps, mais nécessitait néanmoins que plusieurs courpets partent en convoi. Ces parcours nécessitaient « une protection divine » et le départ donnait toujours lieu à une cérémonie religieuse. Le restant de l’année les hommes exerçaient un autre métier (charpentiers, mérandiers…)

D’autres argentats descendaient la Dordogne, les couajadours qui pouvaient être réutilisés ainsi que les gabarots (petites gabarres). Certains gabarots et les batelets étaient utilisés pour la pêche. Quant aux naus ils servaient pour aller d’une rive à l’autre. Le coureau (ou courreau, courau) était un type de gabare de transport traditionnelle de fret à fond plat originaire de la Gironde et de la Dordogne, relevé aux extrémités aux formes allongées pointues et étroites. A l’arrière de l’embarcation, un long aviron « la plume » servait de gouvernail. Le mat qui supporte la voilure était repliable pour passer sous les ponts. La cale à marchandise était à ciel ouvert. Les coureaux de Dordogne, longs de 15 à 20m environ pour 4,50m de large pour un tonnage de 25 à 50 tonnes Une cale ouverte servait d’abri à l’équipage.


Les couralins étaient semblables aux coureaux, ils avaient une voile carrée, le logement du gabarier était sous le pont arrière. Le tonnage était inférieur à 15 tonnes. Ils étaient destinés à naviguer en moyenne Dordogne et à la remonte. La remonte, permettait d'alimenter le "haut pays" en sel, poissons séchés ou salés (sardines, morues), huile d’olive, savon, sucre, café, soie et bois exotiques…Elle était cependant moins importante que la descente. Elle se faisait avec l'aide de la marée, du vent (voiles) notamment sur la partie aval. En amont, après Castillon, il était fréquent d'avoir recours à la tire ou halage. Le chemin de halage longeait la rivière, les tireurs pouvaient être au nombre de 20 à 30, de 80 à 100 quand il fallait franchir des passages difficiles. Au XVIIIe siècle les tireurs ont été remplacés par des bœufs.



Florissante du XVIIe siècle à une bonne partie du XIXe siècle, la batellerie a réduit son activité par la suite, à cause notamment des épidémies de phylloxéra et l’arrivée du train.

Le tourisme fluvial et de plaisance a remplacé cette vieille navigation, c’est un facteur majeur de développement économique.

La chanson des gabariers.

C'était le temps des gabariers, Qui descendaient au fil de la Dordogne Sur leurs bateaux qu'ils conduisaient Du haut pays jusqu'en basse Gascogne Le beau voyage en vérité Entre les bois dans les gorges profondes Le beau voyage au fil de l'onde Au temps des Gabariers En ce temps-là notre belle rivière Coulait gaiement sous les ponts de chez nous On aimait voir folâtrer son eau claire Reflets d'argent dansant sur les cailloux Je me souviens on chargeait les gabares A Spontour au pied de notre maison Les fiers lurons en larguant les amarres Nous quittaient en chansons C'était le temps des gabariers, Qui descendaient au fil de la Dordogne Sur leurs bateaux qu'ils conduisaient Du haut pays jusqu'en basse Gascogne Le beau voyage en vérité Entre les bois dans les gorges profondes Le beau voyage au fil de l'onde Au temps des Gabariers Quand ils disaient que l'eau était marchande Le moment était venu de partir Ils quittaient Jeanne, Marie ou Fernande Mais quand on part c'est pour mieux revenir Les échalas charges sur les gabares Ils s en allaient au fil des hautes eaux Pendant trois jours et sans lâcher la barre Ils voguaient vers Bordeaux C'était le temps des gabariers, Qui descendaient au fil de la Dordogne Sur leurs bateaux qu'ils conduisaient Du haut pays jusqu'en basse Gascogne Le beau voyage en vérité Entre les bois dans les gorges profondes Le beau voyage au fil de l'onde Au temps des Gabariers


Par Françoise VILLECHENOUX.

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