Tramail

Il s’agit d’un dispositif très solide, en bois charpenté, servant à immobiliser les bœufs afin de les ferrer. Il est associé au métier de maréchal ferrant. Ce « meuble » trônait autrefois près de l’atelier de l’artisan. Aujourd’hui, il sert de décoration dans quelques villages, ultime hommage à ce métier disparu de nos campagnes.

Si les chevaux doivent également être ferrés, les maréchaux ferrants se déplacent et possèdent le matériel amovible pour cette opération.
Ces animaux en effet peuvent être ferrés sans tramail.



Le métier de maréchal, mon papa René Lasserre l’a exercé jusqu’à la dernière bête à ferrer sur la commune de Cendrieux. Le tramail était installé dans la cour, entre notre maison et la forge. Mon enfance a été ainsi bercée par les séances de ferrage, de moins en moins fréquentes au fur et à mesure que les bêtes de trait disparaissaient. Dès le lever du jour, j’entendais de loin le choc des sabots du bœuf sur la chaussée et les encouragements du propriétaire. Parfois, il venait de 4 à 5 kilomètres et même de la commune voisine. C’était toujours le même rituel : la voix du fermier qui aidait la bête à se positionner dans le tramail en la faisant reculer entre les quatre solides piliers de bois. De larges lanières de cuir pendaient de chaque côté. Passées sous le ventre de l’animal elles permettaient de le soulever légèrement pour le maintenir grâce à une poulie. Les bœufs ne peuvent pas tenir sur trois pattes, c’est la raison de cette posture. « Allez ! Calme » Le propriétaire élevait une voix monotone afin d’apaiser l’animal. Pendant ce temps mon papa préparait les fers qu’il faisait rougir dans le foyer de la forge. Le soufflet dont il actionnait la chaîne, faisait gronder les flammes. De temps en temps il retournait les braises avec de grandes pinces. Son ouvrier préparait les sabots du bœuf : après avoir enlevé le vieux fer en soulevant les clous usagés avec le revers d’un petit marteau pourvu d’une encoche, il égalisait la surface de la corne avec un grattoir. Il utilisait toute sa force, la patte de l’animal coincée entre ses jambes. Le travail était dur. Le fer du bœuf consistait en une plaque de métal ayant la forme de l’onglon, recourbée en la partie antérieure en une languette. Le fermier encourageait alors son patient : « Allez ! Calme ! ». Parfois, le bœuf laissait échapper un grand jet d’urine qui s’abattait sur le sol poussiéreux, ou bien, c’était une bouse qui tapissait violemment la paille posée en litière. Ce spectacle m’avait toujours émerveillée !

Le maréchal tenant le fer rougi avec sa grande pince, le posait encore fumant sur le sabot de l’animal. Là, une odeur de corne brûlée envahissait la maison. Odeur qu’il me semble encore respirer, âcre, mais qui fleurait bon. A coups de marteau, le maréchal enfonçait les clous à tête carrée dans la corne à travers les trous du fer. L’opération était ponctuée des cris du fermier, du hennissement du cheval ou du meuglement du bœuf impatient.


Par Mireille BERGER.

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