Hoyau arme du crime

Un hoyau aussi appelé houe, est un outil manuel du jardinier et du vigneron. Le nom hoyau d'origine germanique, est celui d'un outil à lame forte, aplatie, à deux fourchons, employée au défoncement des terrains.

Nous sommes un mardi 1er janvier de 1788. Jean Filet avait emmené sa famille à la messe en l’église d’Audrix à l’exception de sa sœur Jeanne, légèrement handicapée, restée seule à la maison du Colombet où Jean exploitait la ferme du domaine du seigneur de Vassal de la Barde. La maison du dit domaine qui se trouve située dans les bois est isolée.
De retour de la messe, Jean est surpris de voir la maison fermée. N’obtenant pas de réponse de sa sœur, il force la porte, et la stupeur et sidération de voir sa sœur allongée sur le sol au milieu d’une flaque de sang. L’horrible drame ! Pendant qu’on disait la messe, des individus entrèrent et assommèrent à coup d’un hoyau trouvé sur place, la dite Jeanne Filet qu’on savait avoir de l’argent qu’elle portait sur elle. Après l’avoir tuée ils lui volèrent son argent qui consistait en la forme de deux cents livres dont partie en un double Louis, un Louis de vingt-quatre livres et le surplus en écus de six livres et d’autres pièces d’argent, quelques vêtements. Après quoi, les auteurs de ce meurtre suivi de vol s’en furent après avoir fermé la porte de ladite maison à clefs qu’ils emportèrent. À l’issue de cette macabre découverte, on a fait prévenir le procureur du Bugue qui ordonne aussitôt de faire dresser un procès-verbal du cadavre. La nouvelle de l'assassinat s'est promptement répandue. Très rarement, un curé note une appréciation sur les causes d’un décès. Alors la mention faite dans la marge par le curé d'Audrix "Mort horrible" est significative de la sauvagerie de l’acte commis.


Réf. Ad 24 Bms Audrix page 396/428.

Mort horrible : Jeanne Filet, âgée de trente-cinq ans ou environ du village du Colombet présente paroisse a été écrasé par assassin dans sa maison, le premier janvier mille sept cent quatre-vingt-huit, pendant le temps des ottries et après que la justice a eu fait son verbal elle a été enterrée le lendemain par moy soussigné en présence de Pierre et Léonard Archambeau, Jean Gauchat et Jean Mélou qui n’ont su signer de ce enquis par moy Brucghe archiprêtre .

Au cours du mois de janvier, l’enquête n’avance pas vite. Si deux hommes ont été aperçus vagabondant sur un chemin forestier ainsi qu’une dame, on a peut-être là le début d’une piste. La mendiante interrogée semble accuser Pierre Escot dit Bergerac. Ce dernier présente plusieurs versions sur sa position lors du 1er janvier. Aperçu devant un cabaret avec une chemise ensanglanté, il sera arrêté comme Léonard Baussou dit Lafon vu le 2 janvier à la foire de Saint-Cyprien, lui aussi avec des vêtements tachés de sang. La suite de l’enquête mettra aussi en cause un troisième personnage Etienne Cassan dit Palette. Ils sont tous emprisonnés au Bugue puis transférés à Sarlat avec d’autres prisonniers à cause d’une crue de la Vézère.

Fin 1788, se terminent les interrogatoires et confrontations des témoins faites par le juge du tribunal de Limeuil. Témoins cités : 1 : Delpeyrat Jean dit Pape fils aîné 32 ans du village de la Vérounie /Audrix. 2 : Congié Antoine dit Mourette marchand boucher de Périgueux (40 ans). 3 : Jeanne Farge cousine de M de Cazillac Ayant requis salaire, a reçu 8 livres pour les 4 journées perdues. 4 : Laplumette Pierre dit Lascombe de Saint-Chamassy. 5 : Lachaud Jean (61 ans) laboureur du village de Lascaux/Audix. 6 : Delbreil Pierre laboureur. 7 : Bézanger Jean laboureur. 8 : Laporte Antoine maçon. 9 : Malmounet Jean. 10 : Françoise fille de feu Léonard accusée de faux témoignage contre Etienne Cassan, lui présente des excuses. 11 : Comte Méric métayer du sieurAntignat. 12 : Monribot Jean dit Linou du village de la Vérounie /Audrix. 13 : Broudiscou Pierre tailleur d’habits. 14 : Demoiselle Izabeau Lafaye. 15 : Jeanne d’Eygueperse. Pendant deux ans, le dossier reste en attente et Pierre Escot en prison. La Révolution entraîne une réforme importante de la justice. À partir de mars 1791 reprise de la préparation du procès qui se terminera « portes ouvertes » le 31 décembre 1791.

Après délibération, Le second janvier 1792, Escot dit Bergerac est l'auteur de l'assassinat commis sur la personne de Jeanne Filet l'ont déclaré et déclarent dument atteint en connaissance du dit crime d'assassinat pour réparation de quoi en conformité de l'ordre, l'ont condamné et le condamnent à perdre la vie et trois livres d'amende envers la nation et aux dépens envers ceux qui les ont exposés et comme par les informations le nommé Palette n'est que fortement soupçonné de complicité du dit crime … Et à l'égard de Léonard Bouissou dit Lafon l'ont relaxé de l'accusation contre lui intentée. Un verdict qui arrive donc quatre ans jour pour jour après cet horrible assassinat.

''Sources : AD 24-B 1604 (1788/1792) sénéchaussée de Sarlat Plaintes et informations criminelles / PV et interrogatoires. Un siècle de chroniques villageoises, d’après vingt procès de 1670 à 1792 » de Miton Gossare.''


Par Jean-Louis FILET.

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