Josephine BAKER et la Dordogne



Fréda Joséphine McDonald dite Joséphine Baker est née en 1906 à Saint-Louis dans le Missouri. Passionnée de danse depuis son plus jeune âge, elle fait partie d’un groupe d’artistes de rue et ramène un peu d’argent au sein de son foyer. Pour elle, l’avenir est ailleurs et elle décide de tenter sa chance en tant que danseuse à New York. Elle va lui sourire, puisqu’elle rencontre une mondaine qui lui propose de partir en France avec elle, convaincue que Joséphine a un potentiel énorme.



Dès ses premières représentations, le public parisien est enthousiaste. Joséphine Baker, avec son pagne de bananes et ses danses aux rythmes jamais entendus en France, devient vite une icône. Les plus grands artistes la voient comme une muse. Lorsqu’elle prolonge sa carrière dans la chanson, c’est un nouveau succès, avec le titre inoubliable « J’ai deux amours ».

La résistante

La vie de Joséphine Baker est très mouvementée, et ne s’arrête pas à la danse ou au chant. En 1939, elle devient agent du contre-espionnage à Paris, milite au sein de la Croix-Rouge française, s’engage dans l’armée de l’air… Les autorités militaires manifesteront cependant beaucoup de réticence à reconnaître son action, rejetant à deux reprises, en 1947 et en 1949 la proposition de sa nomination comme chevalier de la Légion d'Honneur. Il faudra l'intervention du général Billotte, chef d'état-major particulier du Général de Gaulle, du général Bouscat, chef d'état major général de l'armée de l'air et d'Alla Dumesnil-Gillet, supérieure hiérarchique de Joséphine Baker en Afrique du Nord, qui rédigent des rapports sur ses états de service pendant la guerre, pour que Joséphine Baker obtienne enfin la reconnaissance officielle qu'elle mérite pour son engagement patriotique. Par décret du 9 décembre 1957 JO du 14/12/1957, elle est faite chevalier de la Légion d'Honneur et reçoit la Croix de guerre avec palme. Très engagée évidemment dans la lutte contre le racisme, elle soutient Martin Luther King en 1963 durant la Marche vers Washington. Citoyenne Française depuis son mariage avec Jean Lion en 1937, Joséphine est recrutée dès 1939 par le 2ème Bureau des Forces Françaises Libres. Elle servira de couverture au capitaine Abtey (chef du contre-espionnage militaire à Paris) grâce à sa renommée internationale lui permettant de circuler librement et ainsi d’aider des réfugiés à quitter le pays. Au cours de soirées officielles, elle devenait agent de renseignements et ses partitions de musique permettaient aussi la transmission de messages codés. Envoyée en mission au Maroc, elle chantera bénévolement devant les troupes françaises et alliées stationnées en Afrique du Nord malgré de graves problèmes de santé. Dévouée à la France, Joséphine déclare : « C’est la France qui m’a faite. Je suis prête à lui donner aujourd’hui ma vie. Vous pouvez disposer de moi comme vous l’entendez ». A plusieurs reprises, Joséphine Baker lutta pour la France libre au péril de sa vie ! Ce n’est qu’en 1961 qu’elle reçut aux Milandes, des mains du Général Valin, la légion d’honneur.

La châtelaine

Le château constitue la résidence de la chanteuse, qui le loue à partir de 1937 et l'achète, dix ans plus tard, avec son nouveau mari Jo Bouillon. Joséphine et Jo Bouillon avaient ce même idéal de fonder un « Village du Monde, Capitale de la Fraternité universelle » afin de montrer au monde entier que des enfants de nationalités et de religions différentes pouvaient vivre ensemble dans la paix. L’amour de Joséphine Baker pour les enfants en général était inébranlable, à tel point qu’au retour de ses tournées, elle n’hésitait pas à ramener dans son paradis des Milandes un enfant en manque d’amour ou dans le besoin. Qui aurait pu le lui refuser ? Tous ses enfants furent adoptés à partir de 1955. Au départ 2, ils furent 6 puis 8 et enfin 12 enfants de nationalités et de religions différentes. Il y eut : Akio, Coréen ; Janot, Japonais ; Jari, Finlandais ; Luis, Colombien ; Marianne et Brahim d’Afrique du Nord, Moïse, Français et d’origine Juive ; Jean-claude et Noël Français, Koffi de Côte d’Ivoire, Mara, Vénézuélien et Stellina Marocaine.
Joséphine Baker en train de jardiner dans sa propriété du château des Milandes, en Dordogne. AFP


Tous ses enfants formaient la « Tribu Arc en Ciel », unis pour le pire comme pour le meilleur. Car au départ, il s’agissait surtout du meilleur : chaque enfant était entouré et choyé par une nurse, habillés comme des petits anges, vivant dans un château où régnait luxe, calme et amour ! Akio se souvient de noëls magiques, le château était même trop petit pour accueillir tous les amis et tous les cadeaux ; l’arbre de Noël était gigantesque dans le grand salon. Joséphine créa le ramassage scolaire pour ses enfants et ceux du voisinage. Ils allaient à l’Ecole de Castelnaud mais au château un précepteur leur enseignait également la culture de leur pays. Les années 50 furent très joyeuses pour toute la tribu qui profitait d’un père et d’une mère attentionnés. Jo Bouillon est alors chargé de la gestion du fabuleux complexe touristique des Milandes et s’attachera à freiner l’ambition démentielle de la star. Malheureusement, les prémices d’une faillite prévisible mirent fin au bonheur. Trop généreuse et certainement très naïve, Joséphine ne parvient pas à gérer ses entreprises. Au-delà d’une apparente tendance à la dépense, due un train de vie fastueux, elle fut abusée par grand nombre d’artisans peu scrupuleux à lui faire payer plusieurs fois les mêmes factures et sa générosité sans limite la pousse vers un endettement effroyable. Lorsque Jo Bouillon quitte les Milandes pour d’autres horizons, il laisse une Joséphine criblée de dettes mais toujours déterminée dans la poursuite de son Village du Monde !

Le 19 août 1961, Joséphine Baker, entourée de ses enfants adoptifs, après avoir été décorée de la Croix de la Légion d’Honneur au château des Milandes en Dordogne. ARCHIVES SUD OUEST

En 1964, à la suite de problèmes financiers, la mise en vente aux enchères du château est annoncée. Malgré un répit grâce à l'intervention de Brigitte Bardot, qui lance un appel aux Français, et le refus par Joséphine Baker de l'offre pourtant apparemment avantageuse de Gilbert Trigano qui reprenait l'exploitation du complexe touristique en lui laissant l'usufruit du château, il est finalement vendu pour un cinquième de sa valeur en 1968. Faisant jouer la loi française elle obtient un sursis qui lui permet de rester sur place jusqu'au 15 mars 1969. Cependant, alors qu'elle est en tournée, elle apprend que le nouveau propriétaire a investi les lieux. Elle s'y oppose et investit seule, la cuisine dans laquelle elle se barricade, ses enfants étant confiés à sa sœur et placés dans des établissements scolaires parisiens. Profitant d'une de ses sorties de la pièce pour aller chercher de l'eau, les ouvriers ou employés du nouveau propriétaire, qui ont pour consigne de lui faire quitter le château, referment la porte derrière elle. Elle passe sur les marches du perron et doit être transportée à l'hôpital le lendemain ; cet événement tourne en sa faveur et elle obtient finalement une autorisation judiciaire de réintégration dans la cuisine.

A 62 ans elle s’installe à Roquebrune sur la Côte d’Azur, aidée par la Princesse Grâce de Monaco. Pour rembourser ses dettes, Joséphine remonte sur scène. En 1974, pour ses 50 ans de carrière André Levasseur lui offre le Sporting Club de Monaco. Le spectacle du Bal de la Croix Rouge, qui est organisé pour la principauté de Monaco, lui permet de redevenir une star. Cette revue est montée au théâtre de Bobino à Paris et fut un triomphe ! Elle retrace toute la carrière de l’artiste, les épisodes heureux et malheureux. Le triomphe, hélas ne dure pas, Joséphine est épuisée. Après quelques représentations, elle est retrouvée inanimée dans l’appartement qu’elle occupe à Paris. Transportée d’urgence à la Salpêtrière, elle meurt le 12 avril 1975 des suites d’une hémorragie cérébrale à 5h30 du matin.

Par Geneviève COULAUD.

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