VINATIER Gabrielle

Ma mémé Gabrielle


Quel beau prénom Gabrielle, je ne m'en étais jamais aperçue, pour mes parents, elle est Maman et pour moi Mémé.



Gabrielle voit le jour le 06 Octobre 1893 à La Coquille, au nord de la Dordogne, fille de Léonard Vinatier, boulanger à La Coquille mais natif de Chamboulive en Corrèze et de Marie-Catherine Partonneau, couturière née à Jumilhac-le-Grand.


A 20 ans le 19 juin 1913, elle épouse Henri Lachaize, courtier en vins natif de Chalais et ils s’installent à La Coquille.



Robert (mon père) voit le jour le 12 Juillet 1914, à quelques jours de la déclaration de la 1ère guerre mondiale. André, lui vient au monde le 11 Novembre 1923.


Elle est associée à mes plus anciens souvenirs d'enfance, le visage un peu dur, marqué par le deuil, toujours vêtue de noir, avec son » tablier de devant « (hormis une veste violette et de grandes culottes et chemises blanches qui sèchent au soleil sur le fil à linge), pourtant elle n'a que 56 ans à ma naissance.







Ses cheveux gris, rassemblés en chignon sur la nuque sont attachés avec de grandes épingles. Je vois toujours cet air sévère, elle sourit rarement. J'ai compris de longues années après sa disparition, qu’elle n’a jamais fait le deuil de son fils cadet, André, dit Dédé, malade de la tuberculose et parti bien trop jeune, vers 25 ans ainsi que de la mort de son mari Henri en 1948.

De cet oncle vénéré, je ne sais pas grand-chose, quelques photos, quelques histoires racontées par ceux qui l'ont connu : beau brun, la coqueluche de toutes les filles de sa génération, joueur de foot, malade de surcroît, ce qui lui donnait, je pense une aura particulière. Il séjourne longtemps dans un sanatorium des Alpes et décède en 1947, 2 ans avant ma naissance, peu de temps avant la commercialisation de la pénicilline, qui l'aurait sans doute sauvé.

Robert a souffert de ce jeune frère qui avait pris toute la place dans le cœur de sa mère et se sentait un peu effacé par sa beauté, son intelligence.

Pour revenir à Mémé, beaucoup de mes souvenirs d'enfant me ramènent vers elle. Elle est très croyante et pratiquante, je vais donc à la messe, au « caté », et surtout, au mois de Marie, tous les soirs de Mai, oui, tous les soirs de ce joli mois, nous allons à l'église rendre hommage à la Vierge Marie. Quelle joie d'arriver en avance sur la place de l'église et de jouer avec les autres enfants du village avant d'entrer sagement à coté de Mémé pour réciter des prières et chanter, Les premières promenades dans les campagnes autour du bourg, souvent vers le cimetière, je m'accroche à son cou, menacée par des oies (ma petite taille me les fait paraitre immense). De santé fragile, je manque souvent l'école, j'ai appris à lire très jeune en lisant le « Sud-Ouest » avec elle. Que d'heures passées dans son lit avec une angine, à lire les ouvrages de la bibliothèque rose et de la Comtesse de Ségur. Le matin, je ne veux pas déjeuner, Maman ne sait plus quoi me donner, Mémé a l'idée de me tremper la soupe avec du pain, plus elle est épaisse, plus j'aime ! L'école est à 2 pas de la maison, à la récréation de 10 heures, elle vient me porter un morceau de fromage, et surtout attend derrière le portail, s'assurant que je le mange.

Ses deux distractions favorites étaient :

-La couture : elle coud avec une machine à coudre Singer, petite fille j'aimais piquer aussi des ourlets, ah j'en ai cassé des aiguilles, qu’elle m'envoyait acheter chez la mercière du bourg, à peine si elle me grondait un peu. -La radio, elle l'écoute toute la journée, Radio Luxembourg, Pierre Dac, Francis Blanche et l'émission « Sur le banc » que nous aimons écouter, elle et moi, tous les jours à midi et nous rions bien ensembles.

Elle n’aime pas les chiens, ça dérange, c'est sale et ça fait fuir les clients (mon père était négociant en vin), donc quand je ramène Milou à la maison, Mémé n'en veut pas, et laisse volontiers le portail ouvert ! Mais ce petit chien a su se faire aimer, à tel point qu'il passe l’après-midi sur son fauteuil et lorsque nous partons, elle le garde volontiers.

Les années passent, j'ai 15 ou 16 ans, à l'époque vivent dans la maison, la tante de maman au 1er étage dans ses 2 pièces, Mémé au rez-de-chaussée, mes parents et moi dormons à l'étage ; une nuit, des bruits confus dans les escaliers me réveillent, je descends rejoindre mes parents dans sa cuisine , et là, une vision surréaliste : Mémé, debout , dans toute sa dignité, en chemise, les cheveux défaits, tenant un grand parapluie ouvert, sous des torrents d'eau, qui venaient sans doute d'une fuite chez la tante au-dessus, et telle protège, dégoulinante, le fameux poste de TSF. Ce n'était pas vraiment drôle mais des années après, j'en souris encore, mais à cette époque, elle n’a pas véritablement trouvé la situation rigolote.

Je garde de cette période une certaine amertume et des regrets de ne pas avoir parlé davantage avec cette mémé près de laquelle j’ai grandie.

Mémé Gabrielle décède à La Coquille le 10 Décembre 1967, elle avait « seulement » 74 ans.
Par Geneviève COULAUD.

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