X comme l'enfant de Decembre

Fin 1808, en Dordogne, des neiges abondantes qui vont disparaître vers la mi-janvier, recouvrent la campagne. Dimanche, jour de noël a sûrement vu l’ensemble du village chanter « il est né le divin enfant ». Certes moins nombreux qu’avant la révolution, le curé ne fait plus loi. Difficile d’imaginer la joie ou plutôt le drame qui se passe dans une maison ou plutôt une grange … du Périgord.

''À Saint-Germain-du-Salembre, mardi matin de très bonne heure car il est quatre heures, peu de gens dans la rue certainement, quand retentissent dans le froid de la nuit finissante, des cris d’un enfant nouveau-né. C’est ainsi que le maire trouvera cet enfant accroché à la porte de la mairie ; dont l’âge estimé par la sage-femme requise serait d’un jour. Ainsi donc commence la vie de ce garçon que l’on nommera simplement Décembre pour le nom avec Martial comme prénom.''


Après l’enregistrement de son acte de naissance, s’en suit le procès-verbal.

Ce jour d'huy vingt septième du mois de décembre l'an mille huit cent huit à quatre heure du matin, nous, maire et officier de l'état civil de la commune de saint Germain de Salembre, canton de Neuvic, arrondissement de Ribérac département de la Dordogne, soussigné, Réveillé par du bruit et les vagissements d'un enfant que nous avons jugé parti de la rue sur laquelle est placée la porte de notre maison commune, nous sommes levé et mis à même de reconnaître ce qui se passait et étant dans la rue, nous avons aperçu un enfant, gisant dans des langes, attachées au marteau de la porte de notre dite maison commune, lequel ne donna alors aucun signe de vie, nous avons de suite appelé les nommés Jean POMMIER forgeron âgé de quarante un an et Elie BARRIERE dit Gisson, galocher âgé de quarante-deux ans, tous les deux du présent bourg, pour en leur présence porter cet enfant à la maison commune et examiner les vêtements et autres effets qui se trouvent avec lui, à quoi nous avons procédé ainsi qu'il suit . Nous avons d’abord fait appeler une sage- femme qui a défait sa layette, composée d'une petite coiffe d'indienne à fleurs rouges, en ayant une autre en toile par dessous, d'un petit fronteau, et d'un mouchoir, ce dernier très usé, d'une petite chemise, de deux morceaux, l’un de toile étoupe, l'autre étoffe appelée moitié fil, ces deux derniers objets désignés vulgairement par les trous de drap et de bourrasson* d'un coussin de coutil de ménage et garni de plumes, dans lequel était enlassé le dit enfant et auquel étaient attachés de la ficelle et autres liens qui le tenait suspendu au marteau, tous les effets ci-dessus mi usés cela fait, il a été reconnu par la dite sage-femme que l'enfant était sain, bien portant et paraissait être âgé d'environ vingt-quatre heures et par nous tous qu'il était de sexe masculin. Avant d'ouvrir la layette qui vient d'être détaillée, nous et nos témoins susnommés ainsi que la sage-femme avons trouvé, attaché avec une épingle sur la poitrine de l'enfant un billet servant d'enveloppe à un ruban jaune avec des fleurs de la même couleur dont la base est mouche et contenant ce qui suit «L'enfant n'est pas baptisé, Monsieur le maire est prié de faire avoir bien soin de cet enfant, un jour on le retirera, on met un ruban dont on la garde autant, la signature et le cachet ont été coupé par moitié, on garde le double pour la reconnaissance de l'enfant » en effet le billet est à souche, portant la moitié d'un cachet noir et des lettres partagées, il est d'environ vingt et un centimètres de longueur sur trois centimètres de largeur. Après tout ce que dessus il a été donné par nous dit maire au nouveau-né le nom de DECEMBRE et celui de Martial pour son prénom et nous avons clos et arrêté notre présent procès-verbal qui servira à telle fin que de droit et dont copie sera par nous incessamment transmise à Monsieur le Sous-préfet de l'arrondissement de Ribérac. Et ont signé avec nous les dits Pommier et Barrière et non la sage-femme qui a déclaré ne savoir. De ce par nous enquise, après que lecture du présent acte leur a été faite.

Référence : Ad 24 EC Saint-Germain du Salembre 5E420/4 page 36/38. Bourrasson mot occitan qui désigne un lange.
Il va ensuite s’en suivre une vie de placement en placement dans différentes familles du canton.

Domestique dans une famille à Saint Léon-sur-l’Isle, à l’âge de 25 ans il épousera Marie Martin. Elle aussi du même village le Guillassou. À noter qu’il est nommé Martial sans prénom. Il n’a plus son premier nom : Décembre. On le voit ensuite nommé Martial avec Germain comme prénom.


Un an après, naîtra leur première fille Thérèse. Suivront ensuite quatre garçons et deux autres filles aussi prénommée Thérèse comme la grand-mère maternelle. Les premiers enfants naitront à Saint Léon sur l’Isle et les derniers à Grignols. Autres lieux d’habitations à Neuvic et sur la fin Saint-Jean-d’Estissac.

Une grande famille composée de :

MARTIAL Thérèse (1835-1891)
MARTIAL Léonard (1838-)
MARTIAL Pierre (1841-)
MARTIAL Thérèse (1843-1844)
MARTIAL Jean (1846-)
MARTIAL Thérèse (1849-)
MARTIAL Jean (1853-1931)

Une bien belle famille comme une revanche sur le sort. Les trois filles ont le prénom de leur grand-mère. Les quatre garçons ont un prénom différent. Seul un garçon et une fille ont fondé une famille avec aujourd'hui une belle descendance. Les décès des autres enfants n'ont pas été trouvé comme d'ailleurs celui de leur père dont on connait cependant la date vue sur l'acte de mariage de Jean, le dernier de la fratrie.

Le 4 juin 1874, son épouse Marie Martin, âgée de 60 ans, décédé à Saint-Jean-d’Estissac, village le Bert. Lui peu de temps après, le 14 octobre 1876. Il est âgé de 68 ans. Reste à trouver le lieu.


Par Jean-Louis FILET, et Sarah MARTIAL.

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