DOUBLE-La- La forêt de Blaise Maisonnial scieur de long

''La Forêt de la Double est une région forestière qui s’étend au sud des départements de la Charente-Maritime et de la Dordogne, jusqu’au nord de la Gironde. Elle est délimitée par la rivière Isle au sud, et par la Dronne au nord. Elle fait partie du Périgord blanc à 60 kilomètres à l’ouest de Périgueux. Sylva Edobola, de son nom d’origine latine, pourrait se traduire par "la forêt mange borne" (EDO : Manger et BOLA : borne, limite).''
Le Parc des Doublorigènes : voyage onirique dans la mystérieuse forêt de la Double (24).

Bonjour !

Je ne suis pas né dans la forêt de la Double qui au sortir de la Révolution n’avait de forêt que le nom. Ce pays âpre et sauvage qui pourtant avait été une des plus belles forêts primitives de la Gaule mais que les hommes de tous temps s’étaient employés par une exploitation excessive et anarchique à la détruire. Lorsque je l’ai connue ce n’était plus que taillis, landes et marais, entrecoupés de rares bois maigres et de pauvres terres … Non, je suis né loin de là, dans un pays encore plus pauvre et miséreux. Il ne devait son nom, bien trompeur du plateau des Millevaches à aucun bovin mais seulement à cette eau qui suintait de partout et n’apportait aucune richesse à la terre. Le plateau de Miuvaccas en occitan : les mille sources ! Je suis né dans un hameau sur les hauteurs du village de Peyrelevade dans une miséreuse ferme que mes parents tenaient en métayage. Mon père s’escrimait à cultiver de maigres champs de blé et d’orge qui n’arrivaient pas à nous nourrir et élever trois ou quatre brebis à peine pour faire quelques fromages de leur lait et même pas assez de laine pour nous couvrir. L’hiver, à grand peine, il parvenait à faire un peu de bois de chauffage pour nous chauffer sans trop y parvenir. Dans sa jeunesse, il avait fait des campagnes de sciages qui rapportaient bien, malheureusement un terrible accident l’avait estropié et mis fin à ce travail rentable … Il s’était alors résolu à prendre une métairie mais son handicap ne lui permettait pas de travailler dur.


Sur le tard, à la quarantaine, il fit connaissance avec ma mère, un beau brin de fille de dix-huit ans sa cadette Il l’épousa bien vite et elle lui donna d’abord deux jolies petites filles Gabrielle puis Léonarde. Je vins au monde un an après et me donnèrent le prénom de Blaise ! J’étais un beau garçon ! La misère fut encore plus terrible. Malgré leurs efforts, Léonarde tomba malade et mourut à l’âge de quatre ans. Ma mère elle aussi, affaiblie, la suivit dans la tombe trois ans plus tard. Papa courageusement continua à m’élever seul. Gabrielle devenue une jeune fille de treize ans fut placée comme servante dans une grosse ferme des environs. Quelques mois après, Papa fit la connaissance de Jeanne, une femme sèche et peu aimable. Jeanne avait un fils d’une vingtaine d’années Léonard. Il ne tarda pas à tourner autour de Gabrielle quand elle venait nous voir le dimanche. Le 1er mars 1813, ils se marièrent le même jour que Papa et Jeanne à la mairie de Peyrelevade, en Corrèze. Tout le monde s’installa dans la ferme au Petit Billoux. Toujours aussi pauvre et la misère fut encore plus criante que jamais. Papa tomba malade : une pleurésie au mois de janvier suivant qui l’emporta à même pas soixante ans. Sitôt l’enterrement fait, on me plaça dans une grosse ferme de la commune comme pâtre : j’avais à peine onze ans. Ce fut, malgré la dureté du travail, les meilleures années que j’avais vécues, entouré de bons patrons, je ne manquais de rien. Ainsi trois ans passèrent, et je devins un robuste garçon. Le travail de berger n’étant plus adapté à mes capacités et ma force, mes patrons ne pouvant pas m’engager pour d’autres tâches, je me résolus à chercher un autre travail et c’est tout naturellement que je pris l’ancien métier de mon père : Scieur de long !






















Je fus engagé par un patron scieur à la foire de la Saint-Michel et après m’avoir acheté le chapeau réglementaire, je pris la route avec deux compagnons vers la Dordogne un beau jour de septembre 1817. Nous parcourûmes ainsi des kilomètres à pied. Nous installâmes notre chantier dans la forêt de Barrade, puis à nouveau traversâmes le Périgord pour d’autres chantiers dans celle de la Double. Nous campions dans des cabanes que nous nous construisions au plus près de notre travail et nous nous cuisions la soupe aussi sur place, ainsi l’hiver passa. À la fin de la saison, en Juin, mes compagnons revinrent à Peyrelevade revoir leurs familles. Moi, je restais en Périgord pour l’été, où je m’engageais pour les moissons et les vendanges. Je fis ceci pendant plusieurs années. Au retour mes compagnons me donnaient des nouvelles du pays. Ainsi j’ai su, en octobre 1822, que Gabrielle était morte en couches un mois plus tôt. Pendant ces tournées dans la forêt de la Double, je me liais d’amitié avec un ancien scieur originaire de Saint-Setiers un village proche de Peyrevade : Léonard Dutheuil, il avait connu mon père pendant les tournées.

Il avait arrêté les tournées et acheté une petite propriété à Saint-Martial-d’Artenset où il élevait six enfants avec sa femme. Il venait se faire quelques pièces durant la saison en aidant les équipes sur les chantiers. Il m’invita souvent chez lui le dimanche pour partager leur repas. Je trouvais Marie, sa fille ainée, bien à mon goût et ne tarda pas à lui faire la cour. Après quelques mois de fréquentation et de fiançailles, nous nous mariâmes le 19 février 1828 à Saint-Martial-d’Artenset. Je continuais pendant quelques années encore le sciage mais sans faire de longues tournées. Je n’aimais pas laisser Marie longtemps seule et entre temps elle m’avait fait six enfants : Pétronille, Jean, Pierre, Anne, Marie et Dominique. Malheureusement, Jean, Pierre et Anne moururent très jeunes. À la mort de mon beau père, je repris la propriété de Duellas et vécus des jours paisibles après cette vie dure et laborieuse. Blaise vieillit entouré de Marie et de ses enfants. Il mourut à l’âge de cinquante- sept ans le 26 octobre 1860, Marie, elle, lui survécut six ans. C’étaient mes quadri-aïeuls et ceux de Marie Claire Gratraud, ma cousine.

Par Bernadette FONDRIEST.

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