FRATTEAUX L’Embastillé

Château du FRATTEAUX à Neuvic, commune du Périgord Blanc, située à 30 kilomètres au sud-ouest de Périgueux. Outre le château situé au bord de la rivière de l’Isle compte aussi, un peu, à l’écart un repaire noble fortifié, fief des Grimoard depuis 1432, deviendra au XVIIIe siècle le berceau des Bertin. Fratteaux ou Fratteau ou Frateau.

Louis Mathieu de Bertin naît le 2 avril 1707 à Périgueux de Jean de Bertin, maître de Forges en Périgord, Conseiller au parlement de Bordeaux et de Lucrèce Marie de Saint Chamans. Il est le troisième d’une famille de 14 enfants vivants, mais surtout le premier enfant mâle.

La rumeur court que l’enfant mort chez la nourrice de Louis Mathieu est le petit marquis et non l’enfant de celle-ci. Elle va le suivre toute sa vie pour finir par l’anéantir. Le père, Jean de Bertin veut que son aîné soit de robe ; mais Louis Mathieu veut manier l’épée et « servir le Roy dans les armées. »
Le château de Frateau aujourd’hui. Photo genea24.

Il s’engage alors dans un régiment de cavalerie où il se comporte avec honneur et courage, sert comme cadet dans le « Régiment de Noailles » pendant deux ans, est nommé capitaine breveté dans le régiment de Saint Jal-Cavalerie où il reste plus de seize ans et après plusieurs campagnes, il est devenu Capitaine et Chevalier de l’ordre de Saint-Louis.

Henri Léonard Bertin. Photo genea24.

Entre-temps, alors que Louis Mathieu n’a que seize ans, son père Jean de Bertin le destitue au profit de son frère Henri Léonard qui deviendra Ministre sous Louis XV et Louis XVI, car le père n’a de cesse de confirmer la rumeur de l’échange. Un enfant aussi vindicatif que Louis Mathieu ne peut être de sa lignée.

En 1747, usé par les combats, Louis Mathieu sort de l’armée avec pension et rentre en Dordogne. Son père lui lègue la Terre de Fratteau avec un marquisat pensant contenter cet aîné récalcitrant.

Mais cela ne suffit pas.


Des démêlés surgissent constamment entre le père et le fils. Des rencontres houleuses, des courriers, des huissiers. Arrêté sans motif important, notre nouveau marquis est interné au monastère de Cadillac. Il est jugé là, belliqueux, querelleur, d’un tempérament trop bouillant. Il s’évade et passe en Espagne où il écrit alors une quinzaine de lettres de récriminations. Là aussi, il est menacé. Notre marquis s’embarque alors pour l’Angleterre vers 1750. Il écrit toujours, se lie avec des personnages qui finalement le dénonceront à des envoyés de la police de Paris. Il est appréhendé, ramené en France et enfermé à la Bastille selon une lettre de cachet du 25 mars 1752.

Son père Jean de Bertin meurt deux ans plus tard laissant une grande fortune à ses autres enfants. Henri Léonard Jean Baptiste, le préféré, avocat au parlement de Bordeaux succède à son père, dès 1741, comme maître des requêtes et recueille une grosse moitié de la succession. Les deux autres frères entrent dans les ordres ; Charles Jean devient Evêque de Vannes, Louis Augustin comme archidiacre de Périgueux et abbé de Brantôme.

La Bastille en 1789. DR

Pendant ce temps, le marquis de Fratteau continue d’écrire des lettres dont on doute même qu’elles ne franchissent les portes de l’enceinte de La Bastille. Louis Mathieu de Bertin Marquis de Fratteau reste vingt-sept ans en prison jusqu’à sa mort le 2 mars 1779.

Il est enterré à Saint Paul ; l’extrait mortuaire sera couvert d’un papier blanc et cacheté.


Par Nicole SARREAU.

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