W-C mortel à Saint-Saud-Lacoussière

Au nord du département de la Dordogne, en Périgord vert, la commune de Saint-Saud-Lacoussière se trouve dans le parc naturel régional Périgord-Limousin. Nontron est situé à 15 kilomètres à l’ouest de saint-Saud. Avec un peu plus de 58 km2 de superficie, c'est la dixième commune la plus étendue du département de la Dordogne. L’abbaye de la Peyrouse (Petrosa) est une ancienne abbaye cistercienne, aujourd’hui disparue.

Suicide ou crime. Toujours une énigme à Saint-Saud-Lacoussière que la justice n’aura pas solutionnée.


Réf. AD 24 Saint Saud Lacousiere 5MI14809_001 BMS 1750-1764 page 68/492.

''Le 2 mars 1752, à la réquisition de Léonard Chasteau, sieur de la Pradelle, procureur d’office de la présente juridiction, du sieur Pourchereaud, religieux Grandmoniste de la Faye, du sieur Laschaud, bourgeois, habitants du lieu de Peyrouse, j’ai enterré et fait le service du corps de feu Messire Gibout, prêtre, prieur de Badeix, qu’on m’a dit être décédé de mort violente en la communauté de l’abbaye de Peyrouse, présente paroisse, et qu’on m’a assuré avoir donné ses preuves de contrition, et reçu l’absolution à l’instant de sa mort, ce qui m’a porté à permettre qu’on l’ait inhumé dans l’église de cette paroisse, et aux tombeaux de la fabrique en présence de plusieurs témoins soussignés. Sicaire Dumont, Y. de la Peyronnie, Charteaut, Deslande, témoins.'' Dupeyrat, curé.

Une énigme criminelle sans coupable.

Les circonstances sont pour le moins étranges : pendant que l'on chantait mâtines au chœur de l'abbaye de Peyrouse, Dom Giboust fumait sa pipe sous le cloître, puis se rendait aux commodités de l'abbaye. Son valet, Racoing, devait y découvrir son corps percé de neuf coups de couteau.

Dessin Didier Eymet.

Les versions de son décès diffèrent, son valet prétendant qu’il s’était suicidé en se portant neuf coups de couteaux dans la région du cœur, tout en prenant la précaution de relever sa chemise pour ne pas l’endommager. Il semble d'après ce rapport qu'il était vêtu d'une manière assez élégante, tout au moins, pour un religieux, d'une redingote de couleur mûre, d'un habit de drap brun, et d'une culotte noire, chaussé de bottes molles. Un procès fut introduit, le verbal du criminel nous en donne le détail : “Les nommés Laprade, domestique du prieur de Boschaud, Racoing, valet de feu, le prieur de Badeix et Léclaircie, domestique à l’abbaye de Peyrouse, et Louis Borie, sieur des Barières, maître chirurgien, accusés du meurtre et assassinat commis dans la maison conventuelle de Peyrouse, sur la personne de Dom Giboust, prêtre, religieux de l’ordre de Grandmont, prieur de Badeix.

Afin de confondre les assassins, la justice demande un rapport des médecins de Périgueux, de Limoges, de Paris, de Montpellier, de Tours et d’Angers, établissant qu’un homme frappé de neuf coups de couteau ne peut pas s’être suicidé, comme on voudrait le faire croire. Tout dépend de savoir si un homme peut s’enfoncer dans le corps successivement neuf coups de couteau, tous pénétrants et dont deux blessent le cœur. Ils ont même décidé qu’un homme, qui a le cœur percé, ne saurait parler. Les docteurs de la faculté de médecine de l’université d’Angers, sur l’exposé qui nous a été fait

1 – Que des neuf coups de couteau deux avaient pénétré jusqu’au cœur.

2 – Que le couteau dont on s’est servi pour cet assassinat a été trouvé fiché dans le mur des dits privés.

3 – Que la chemise du mort n’était nullement percée.

Nous estimons, malgré quelques observations de plaies pénétrantes jusqu’au cœur qui n’empêchaient pas le blessé de se mouvoir pendant quelques temps, qu’il n’est pas vraisemblable que ledit P. de Giboust eut pu se porter lui-même un second coup de couteau dans le cœur, après s’en être porté un premier précédé de sept coups portés ailleurs, et que sa force et sa présence d’esprit eussent été assez grandes pour aller jusque-là, encore moins pour être appliquées l’une et l’autre à ficher dans une fente de mur l’instrument de ces coups mortels, et à écarter préalablement ses vêtements et sa chemise, pour se les porter tous ; et qu’ainsi il n’est pas croyable que ledit de Giboust se soit assassiné lui-même, comme on a voulu le publier, ce que nous certifions.

À Angers le 16 mai 1752. Tous les autres médecins consultés arrivent aux mêmes conclusions. Les soupçons de la justice se portèrent sur Racoing et les domestiques de l'abbaye. L'enquête dura un an mais ne put faire la lumière sur cette étrange affaire. Les prévenus furent innocentés le 2 août 1753, la thèse d'une crise de démence suicidaire ayant sans doute prévalu. Gaston SIMON.

Par Jean-Louis FILET.

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