Encre

Brève histoire de l'encre ferro-gallique suite à une recette de fabrication trouvée dans les archives des registres paroissiaux de la commune de Cénac-et-Saint-Julien en Dordogne pour l’année 1769.
Doc.1- Recette de l’encre. AD24. Cénac-et-Saint-Julien. Cote BMS 1700-1792 Coll. Com. Vue 1099

Premières noix de galle une livre, gomme arabique 6 onces
vitriol verd 6 onces, cen sept livres.
On concasse grossièrement la galle ainsi que la gomme arabique.
On les fait macérer ensemble dans l’eau sur les cendres chaudes pendant
12 heures on a soin de remuer ces matières de tems en
tems avec un bâton après ce tems on ajoute le vitriol
verd et tendis que le mélange est chaud on ajoute le tout
sans le remettre sur le feu. Lorsque la liqueur est refroidie
Lencre est faite on la passe a travers un tamis de crin
on la laisse deposer du jour au lendemain on la … dans des
bouteilles qui ferment bien et après on en met dans un écritoire ou
il y ait du cotton et on coupe une plume et avec un papier on sansert
pour ecrire.


L’encre au gallo-tannate de fer est une encre noire à violette, fabriquée à partir de sels métalliques, surtout de sulfate ferreux mais aussi de sulfate de cuivre, et de divers tannins d’origine végétale.

Encre noire emblématique des écrits monastiques, elle est l’encre la plus utilisée en Europe entre les XIIème et XIXème siècles.

À base de tanins solubilisés, elle est aussi appelée encre ferrique, ferro-gallique ou métallo-gallique. Sa particularité réside dans son absence de pigment ou colorant. C’est l’action des sels métalliques de fer ou de cuivre qui, ajoutés aux tanins (ici dans la recette la noix de galle), va donner la teinte noire, le plus souvent violette foncée à l’écriture, elle noircira avec le temps en absorbant l’oxygène de l’air. Elle est appréciée pour sa facilité de fabrication et sa stabilité́. Pendant 800 ans c’est LE mode de transmission de toutes les écritures en Europe. Certains y ajoutaient des clous de girofles qui, en plus de parfumer l’encre permettaient une meilleure conservation de par leur action purifiante et antiseptique. On retrouve l’utilisation de cette encre chez les Egyptiens qui connaissaient déjà̀ la réaction des sels de fer avec les tanins des noix de galles. Sa fluidité la rend très agréable d’utilisation pour le dessin à la plume, en particulier avec des plumes d’oiseau (oie, dinde) et grâce à cette fluidité elle ne fuse pas sur le papier poreux. Cette encre indélébile, d'un noir velouté est unique. Elle a servi aux copistes médiévaux, aux dessinateurs de la Renaissance. Son noir varie selon le support que l’on utilise mais il n’a rien perdu de sa noirceur, des manuscrits vieux de dix siècles en témoignent. Jusque vers 1850 c'est la seule que l'on utilise en France. C'est « l'encre de l'état civil » du XIXème siècle. La boue noire obtenue après sa filtration servait au marquage des emballages militaires et des tonneaux et en Allemagne, en 1974, elle était encore utilisée pour certaines écritures administratives. Son seul défaut, aux yeux des restaurateurs de documents anciens et des paléographes, et il est de taille, c’est sa corrosivité pour le papier. Les dégradations irréversibles dues à cette encre corrosive posent d’importants problèmes de conservation. L’acide gallique qui se trouve à l'état naturel dans les noix de galle, serait le responsable de la dégradation du support d'écriture, en finissant par y laisser des trous.


         Quoiqu’il en soit, des recettes différentes mais 3 constituants principaux :


- La noix de galle

Les noix de galle se présentent comme des excroissances rondes, petites billes dures et brunes provoquées par la piqûre d'un insecte appelé cynips dans les feuilles des chênes. Les larves de cynips se forment à l’intérieur et la sève de l’arbre les entoure petit à petit. On les récolte à la fin de l'été avant la sortie de l'insecte car si les larves sont sorties, la noix aura moins de tanin, substance végétale qui permet de noircir l’encre.








Les noix contiennent jusqu'à 45% de leur poids sec en acide gallique, acide organique, de la famille des tannins.

- Le sulfate ferreux

Communément appelé « vitriol » dans le texte. A la fin du moyen âge et durant les temps modernes, le terme de vitriol désigne une large gamme de sulfates métalliques qui portent des noms de vitriol romain, vitriol de Chypre, vitriol vert, bleu, blanc … Ce sont ces mêmes sulfates et plus particulièrement le sulfate de fer qui, dès la fin du XVIII ème siècle, ont permis la production massive d’acide sulfurique, encore communément appelé de nos jours « vitriol ».

- La gomme arabique

La gomme utilisée comme liant était extraite d'arbres comme l'acacia, certains pruniers ou cerisiers.



Pour limiter l’inconvénient de la corrosivité de l’encre, sa fabrication doit faire l’objet d’un bon vieillissement : une macération du tanin pendant 3 mois puis, après mélange au fer, une maturation d’au moins 2 mois, un an dans le meilleur des cas.

Vous voilà transformé en véritable alchimiste du haut moyen âge pour fabriquer vous-même votre encre.

Par Valérie TAMEN-GRENAILLE.

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